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Egypte, Turquie, Iran : L’émergence avortéeSamir Amin
L’émergence ne se mesure ni par un taux de croissance du PIB élevé sur une période longue, ni par le fait que la société concernée ait atteint un niveau élevé de son PIB per capita. L’émergence implique bien davantage. Un pays n’est émergent que dans la mesure où la logique mise en œuvre par le pouvoir s’assigne l’objectif de construire et de renforcer une économie autocentrée (fut-elle ouverte sur l’extérieur) et d’affirmer par là même sa souveraineté économique nationale. L’émergence est aussi un projet politique et pas seulement économique. Egypte, Turquie, Iran : ces trois pays du Proche Orient auraient normalement dû figurer dans la liste des pays « émergents » d’aujourd’hui. Ils ont connu en effet une longue série de tentatives anciennes de se moderniser pour faire face au défi européen, ressenti avant la grande majorité des autres pays du Sud. L’Egypte du Pacha Mohamed Ali du XIXe siècle, puis à l’époque nassérienne (1952-1970), la Turquie ottomane des Tanzimats (les réformes destinées à moderniser l’Etat), puis à l’époque d’Ataturk (1920-1945), l’Iran à partir de sa révolution de 1907, puis sous le règne de Reza Pahlevi (jusqu’en 1979), ont été à leur manière aux avant-gardes des transformations modernistes des pays des périphéries capitalistes des XIXe et XXe siècles. Mais aujourd’hui aucun de ces trois pays ne peut être raisonnablement qualifié « d’émergent », à l’instar de la Chine, de l’Inde, de la Corée, de l’Afrique du Sud, du Brésil, de l’Argentine et de quelques autres. Les trois pays concernés ici sont importants et constituent des masses démographiques comparables, autour de 80 millions d’âmes.
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