La question paysanne - atelier de Dakar, Novembre 2004

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La Nouvelle Question Agraire :

Quels avenirs pour les agricultures et

les sociétés paysannes en Afrique de l’Ouest ?

Grand Atelier Général Forum Tiers Monde

2 – 4 novembre 2004

DAKAR

 

 

Le FTM a organisé du 2 au 4 novembre 2004 à Dakar un Atelier sur « La Nouvelle Question Agraire : quels avenirs pour les agricultures et les sociétés paysannes en Afrique de l’Ouest ? ». Diverses institutions ont pris part à cet Atelier organisé en partenariat avec le Réseau des Organisations Paysannes d’Afrique de l’Ouest (ROPPA). Il s’agit entre autres de la Fédération des ONG du Sénégal (FONGS), du Conseil National de Concertation des Ruraux (CNCR), du Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles (CORAF), d’ENDA Tiers Monde, du Conseil des ONG d’Appui au Développement (CONGAD), d’ACAPES, du Forum Social Sénégalais (FSS), de la Mission de Coopération Luxembourgeoise (MCL) et du Bureau d’Appui à la Coopération Sénégalo-Suisse.

 

Des chercheurs en provenance de huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Nigeria, Sénégal) ont produit les documents soumis à cet atelier. Dans les introductions à la discussion sur ces cas d’étude, les auteurs ont été invités à répondre à cinq séries de questions, centrées sur la nouvelle question agraire.

 

1. Comment le groupe de travail perçevait-il la nouvelle question agraire dans la sous région et dans son pays avant, au cours, et depuis l’étude ? (aspect macroéconomique, national et international).

2. Comment les sociétés paysannes du pays répondent-elles au défi ? Par leur ajustement plus ou moins passif aux tendances du système néolibéral ou bien par des résistances et des luttes consciemment organisées ? Lorsqu’il y a des luttes d’une certaine ampleur, dans quelle vision stratégique de long terme s’inscrivent-elles ? Quel est le niveau d’organisation des paysans tant au plan national que local ou sous régional. Comment des défis à relever comme les différences culturelles (ethniques), le système de castes, la discrimination anti-féminine entrent-ils en jeu pour freiner ou accélérer la prise de conscience ?

 

3. Le monde paysan est-il confronté à une substitution de l’électoralisme clientéliste à un projet de démocratisation en profondeur des systèmes politiques, des sociétés et des économies ? Comment les pouvoirs politiques interfèrent-ils dans les stratégies paysannes, notamment en ce qui concerne le régime foncier ? L’État favorise-t-il l’appropriation privée des terres et la constitution de la grande propriété ? Les pouvoirs tolèrent-ils la formation de partis politiques à direction paysanne ?

 

4. Les régimes fonciers africains sont-ils en mesure de favoriser un développement autocentré, déconnecté du rattrapage et tourné vers la satisfaction des besoins de base des populations ? Comment se manifeste la propriété juridique de la terre ? Comment constater l’existence et la consistance exacte de cette propriété ? Comment accède t-on à la terre ? Comment en définit-on les droits d’usage ? Peut-on considérer la propriété individuelle comme une condition nécessaire au développement des agricultures ? La propriété privée individuelle des terres (privatisation) est-elle le seul mode d’organisation possible pour des agricultures de production destinée au marché mais aussi à la satisfaction des besoins de base ? L’idée d’une grande échelle de production agricole est-elle envisageable en Afrique de l’Ouest où la question foncière ne se pose pas vraiment et où aucune industrialisation pouvant absorber la main-d’œuvre rurale n’est amorcée ? Comment peut-on concilier des agricultures fondées sur les principes capitalistes d’efficacité et de rentabilité économique et centrées sur le bien-être des paysans ? Le modèle socialiste d’affectation des terres est-il plus adapté en Afrique de l’Ouest que le modèle libéral ? Enfin, doit-on envisager une réforme agraire ou plutôt une réforme foncière ? D’une manière plus générale, est-il envisageable de venir à bout de la pauvreté de masse qui structure les pays d’Afrique de l’Ouest (PAO) dans le cadre d’une accumulation primaire, quel que soit le modèle de société ?

 

 

5. Que proposent les auteurs des textes comme objectifs immédiats pour les luttes paysannes, et au-delà quels objectifs recommanderaient-ils pour le moyen terme ? Dans la perspective d’un renforcement de la capacité des paysans à s’imposer comme force sociale qui contraigne les pouvoirs et le système global à intégrer ses objectifs dans les stratégies nationales de développement, quelles formes d’organisations proposent-ils ?

 

Nous nous contenterons donc ici de rappeler les deux conclusions et propositions majeures auxquelles nous sommes parvenus à l’issue de cet Atelier :

 

i. On ne peut pas accepter de traiter la production agricole et alimentaire et le sol comme des « marchandises » ordinaires et de ce fait convenir de la nécessité de les intégrer au projet de la libéralisation mondialisée promue par les puissances dominantes (les Etats Unis et l’Union Européenne) et le capital transnationalisé. L’agenda de l’OMC, organisation héritière du GATT depuis 1995, doit être purement et simplement refusé. Il faut parvenir à convaincre les opinions en Asie et en Afrique, à commencer par les organisations paysannes, mais également au-delà toutes les forces sociales et politiques qui défendent les intérêts des classes populaires et ceux de la nation (et singulièrement les exigences de sa sécurité alimentaire), tous ceux qui n’ont pas renoncé à un projet de développement digne de ce nom, que les négociations engagées dans le cadre de l’agenda de l’OMC ne peuvent rien produire d’autre que catastrophique pour les peuples d’Asie et d’Afrique, menacent tout simplement ruiner plus de deux milliards et demie des paysans des deux continents, ne leur offrant d’autre perspective que la migration dans des bidonvilles, l’enfermement dans des « camps de concentration » dont la construction est déjà prévue pour les malheureux candidats à l’émigration. Le capitalisme est parvenu à un stade où la poursuite de son expansion exige la mise en œuvre de politiques d’« enclosure » à l’échelle mondiale, analogues aux « enclosures » du premier moment de son développement, en Angleterre. Sauf qu’aujourd’hui, la destruction à l’échelle mondiale des « réserves paysannes » de main d’œuvre à bon marché sera rien moins que synonyme de génocide de la moitié de l’humanité. A un pôle la destruction des sociétés paysannes d’Asie et d’Afrique. A l’autre des milliards de profits supplémentaires du capital mondialisé et de ses associés locaux provenant d’une production socialement inutile puisque non destinée à couvrir les besoins non solvables des centaines de millions d’affamés, mais seulement à augmenter la proportion des obèses au Nord et chez leurs émules du Sud ! Il faut donc purement et simplement appeler les Etats d’Asie et d’Afrique à se retirer de ces négociations et donc de refuser par avance les décisions prises par les impérialistes des Etats Unis et d’Europe au sein de leurs fameux « salons verts » de l’OMC. Il faut parvenir à faire entendre cette voix et contraindre les gouvernements concernés à lui donner l’écho nécessaire au sein de l’OMC.

ii. On ne peut pas davantage accepter les comportements des puissances impérialistes majeures, au demeurant associés dans leurs assauts contre les peuples du Sud. Il faut savoir que ces puissances qui tentent d’imposer unilatéralement les propositions du « libéralisme » aux pays du Sud ne se privent pas de s’en libérer elles mêmes, par des comportements qu’on ne peut qualifier autrement que comme des tricheries systématiques. Le Farm Bill des Etats Unis et les politiques agricoles de l’Union Européenne violent les principes mêmes que l’OMC entend imposer aux autres. Les projets d’accords de « partenariat » économique proposés par l’Union Européenne pour faire suite à la convention de Cotonou à partir de 2007 sont véritablement « criminels » pour employer l’expression forte mais juste de Jacques Berthelot. On peut et doit donc mettre en accusation ces puissances dans les instances mêmes de l’OMC prévues à cet effet. Un groupe de pays du Sud pourrait le faire. Il doit le faire.

 

L’ atelier a bénéficié du soutien financier de la Coopération luxembourgeoise à laquelle nous adressons ici nos sincères remerciements. Néanmoins les opinions exprimées ici demeurent celles de leurs seuls auteurs et n’ engagent aucune autre responsabilité.

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