Print

L’OUVERTURE DU NOUVEAU CANAL DE SUEZ

TPL_IN
TPL_ON
Hits: 531

L’OUVERTURE DU NOUVEAU CANAL DE SUEZ

 

SAMIR  AMIN

 

Le 6 aout la voie qui double le Canal de Suez sera inaugurée.

L’Egypte aura démontré qu’elle est capable de concevoir et d’exécuter un grand projet de cette envergure par ses seuls moyens. Comme la Chine (je reviendrai sur la comparaison). Lorsque, il y a à peine plus d’un an, le gouvernement égyptien annonçait son intention d’exécuter ce projet la presse internationale disait alors : impossible sans financement international (et Qatar proposait ses services), impossible sans appel d’offre international, parce que l’Egypte ne dispose pas des cadres à la hauteur du défi pour concevoir le projet et en assumer la direction de la mise en œuvre. Et pourtant les capitaux ont été réunis en un clin d’œil, par le seul appel aux épargnes égyptiennes. L’armée a ensuite été mobilisée pour l’exécution, réalisée en un an, alors que les médias occidentaux prétendaient qu’il fallait au moins 5 ans ! Certes quelques entreprises étrangères ont été associées, pour la fourniture de matériels lourds (dragues, grues et autres) ; mais elles ont été placées en situation de sous-traitantes au service de l’entreprise d’Etat égyptienne. Le contraire très exactement de ce que la Banque mondiale et autres proposaient en confiant la conception et l’exécution à des firmes étrangères, les égyptiennes n’étant alors que sous-traitantes !

 

On dira : encore un projet « pharaonique ». Oui, et pourquoi pas. L’Egypte, avec ses 90 millions d’habitants, a besoin de « projets pharaoniques ». Celui-ci et d’autres : une nouvelle vallée du Nil, conduisant du Haut Barrage à la dépression de Qatara (à l’ouest d’Alexandrie), la mise en exploitation de ses ressources gazières, l’aménagement d’un million de feddans (500 000 hectares) de terres arables supplémentaires. L’Egypte peut le faire par elle-même, comme la Chine.

On dit que le doublement du Canal de Suez va permettre le redémarrage de l’économie égyptienne, créer un million d’emplois. C’est possible ; mais à condition. Les grands travaux par eux-mêmes ne produisent pas le miracle du démarrage économique. Il faut pour que cela soit ainsi qu’un terrain favorable ait été préparé. Il faudrait pour cela que la politique économique mise en œuvre s’emploie à reconstruire l’appareil productif industriel démantelé par les politiques du libéralisme. Reconstruire l’appareil productif industriel, avec ses composantes lourdes (acier, chimie) et ses composantes légères (textiles, industries agro-alimentaires, automobile et autres). Rénover les capacités agricoles sur la base de la petite exploitation paysanne. Pour le faire il faut sortir des ornières du libéralisme, concevoir un projet souverain d’ensemble. Comme la Chine.

 

(écrit et publié le 2 aout ; interview RFI, Paris)