L’association CEE-ACP

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LES CONVENTIONS DE LOME – COTONOU
ET L’ASSOCIATION
UNION EUROPEENNE – PAYS D’AFRIQUE ,
DES CARAIBES ET DU PACIFIQUE

Si, à l’échelle du système mondial, l’association CEE-ACP n’occupe qu’une position mineure, son importance pour ce qui est de l’analyse de la place de l’Afrique dans le système mondial impose d’en analyser les aspects particuliers.

 

L’Union Européenne et les pays ACP veulent-ils inscrire leurs relations dans un régionalisme original formé de deux ensembles l’un développé, l’autre sous-développé, l’objectif ultime étant de combattre les tendances naturelles du système à la polarisation ?

 

Quelle place occupe, dans ce schéma, la préoccupation des Européens d’assurer leur sécurité en produits de base après que, à la suite du quadruplement du prix du pétrole décidé par les pays de l’OPEP en 1973, les classes dirigeantes du Sud soient paru un moment vouloir mettre leurs ressources naturelles au service de leur industrialisation ? Pour les Etats les faibles du tiers monde ne s’agit-il pas avant tout de s’inscrire dans un cadre garantissant des rentes pour la reproduction et l’expansion de leurs classes dirigeantes et moyennes ?

 

 

En définitive l’objectif ultime est-il de créer au sein du système mondial une « région » capable de faire face au défi néo-libéral, et de participer à la construction d’un système mondial pluricentrique dans lequel l’économie serait mise au service des peuples, ou bien s’agit-il d’arrangements limités mis au service des oligopoles et des classes dominantes ?

 

A l’origine l’objectif des accords de Lomé n’était pas de mettre les relations extérieures au service de transformations économiques, politiques et culturelles positives pour les peuples africains, mais de renforcer la position de l’Europe dans le système mondial, tant au plan économique que géopolitique. Autrement dit, la dimension développementaliste était secondaire, moins importante que la dimension politique. Il s’agissait avant tout de soutenir les Etats dits « modérés » et de renforcer les tendances allant dans ce sens ailleurs, autrement dit d’affaiblir les aspirations développementalistes populistes tentées de mobiliser à leur bénéfice la concurrence géopolitique des deux superpuissances engagées dans la guerre froide.

 

Dans la nouvelle perspective néo-libérale la réorganisation des rapports euro-africains s’inscrit dans le cadre tracé par l’OMC, consolidant ainsi les monopoles que les centres détiennent dans des domaines décisifs dont le contrôle de l’accès aux ressources naturelles, la génération des nouvelles technologies et l’organisation du système monétaire et financier. Dans cet esprit les régionalisations tirent leur rationalité de leur capacité de constituer des espaces de déploiement optimal des activités des oligopoles transnationaux.

 

Les résistances à cette conception devraient pouvoir se développer en Afrique pour les raisons suivantes :

 

Les régions et les pays peu intéressants dans cette optique sont exclus de facto des bénéfices potentiels de la régionalisation. La polarisation croissante et l’exclusion entraîneront des mouvements migratoires d’autant plus difficiles à gérer que le néo-libéralisme ignore dans son schéma la libre circulation des travailleurs. Le schéma intègre implicitement des alliances militaires qui vulnérabilisent les pays du sud récalcitrants.

 

Conçues de cette manière la régionalisation des rapports euro-africains serait parfaitement compatible avec la gestion des conflits internes produits dans l’Afrique marginalisée par la désintégration sociale.

 

En contrepoint, l’alternative ne peut guère être fondée que sur les principes suivants :

L’objectif principal de cette coopération régionalisée qui associe des pays industriels et des pays du quart monde doit être d’impulser une division internationale du travail compatible avec les exigences du monde ne doit être exclue de facto pour la raison qu’elle ne présenterait pas d’intérêt économique pour les transnationales ou stratégiques pour les Etats.

 

Des dispositions doivent être prises qui favorisent l’émergence et le développement des forces démocratiques et populaires de changement et la participation de la société civile au débat sur les modalités de la coopération régionalisée doit être organisée systématiquement.

 

Durant les décennies 1960 et 1970 derrière les conventions d’association entre la CEE et les pays africains on pouvait lire en pointillé le souci de l’Europe d’assurer son ravitaillement en produits agricoles tropicaux et en produits miniers et pétroliers. Le fondamentalisme néo-libéral ignore délibérément des objectifs de cette nature, puisque le marché doit par lui même régler ce type de problèmes et que le développement n’est rien d’autre que la résultante de l’action de l’entreprise privée. En fait cependant les Etats continuent à se préoccuper de tous ces problèmes que les manuels d’économique ignorent. Le hiatus qui sépare alors la rhétorique néo-libérale de la réalité des actions est à l’origine d’une confusion du discours, émietté, informe, contradictoire à un degré extrême.

 

Aligné désormais sur la rhétorique simple de la Banque Mondiale, du FMI et de l’OMC, l’Europe a souscrit sans réserves à l’ordonnance médicale universelle des programmes d’ajustement structurel pour l’immédiat et à l’illusion que l’investissement étranger privé réglerait les problèmes de développement à plus long terme.

 

Les pouvoirs locaux ont parfois tenté de résister aux Programmes d’Ajustement Structurel qui, en mettant un terme à l’expansion de leur base sociale (voire en imposant brutalement son rétrécissement), leur faisaient perdre toute légitimité. Le poids de la dette extérieure et la corruption dans la gestion publique devaient se charger de réduire à néant leur marge de manœuvre, les privant par là même de la possibilité de procéder à un auto-ajustement et les contraignant à se soumettre aux injonctions quotidiennes des institutions internationales chargées de gérer directement leur crise.

 

Or la confusion la plus grande caractérise ces injonctions, souvent gouvernées par les modes passagères et les humeurs du G7. Se succèdent dans cette ambiance des discours sur l’éradication de la pauvreté, le respect des droits de l’homme, le développement durable, la démocratie pluraliste etc … sans que n’apparaisse le moindre souci d’analyser les contradictions entre ces nobles objectifs et la stagnation ou même les involutions que la mise en œuvre des dérégulations néo-libérales entraîne.

 

Est-il possible aujoud’hui de faire le bilan des accords d’association CEE-ACP en question ? Sans doute doit-on se garder de rendre ces accords responsables à eux seuls de l’évolution du continent au cours des dernières décennies. La réalité est le produit combiné de dynamiques proprement internes et de l’influence de facteurs externes (parmi lesquels, ici, ces accords). Il reste que les régimes africains radicaux avaient qualifié en leur temps les conventions de Yaoundé de 1961 de « néo-coloniales » et n’ont rejoint le groupe de Lomé que plus tard, par crainte d’être exclus de l’accès aux marchés de capitaux. Une analyse rigoureuse des responsabilités dans l’évolution de la région implique donc que l’on fasse apparaître aussi clairement que possible les tendances positives et négatives opérant à l’intérieur des sociétés de la région qui ont été renforcées par les logiques des conventions de Lomé.

 

Le bilan en tout cas n’est pas brillant. Le produit par tête en Afrique subsaharienne ne s’est accru qu’au rythme moyen de 0,40 % par an entre 1962 et 1992 , comparé à 2,3 % pour l’ensemble des pays en voie de développement. Ce chiffre reflète à la fois une croissance économique moyenne nettement plus faible (3,3 % par an) et des taux d’accroissement démographique plus élevées (3,9 % par an). L’écart entre le produit par tête de l’Afrique subsaharienne et celui des autres pays en voie de développement n’a dès lors fait que se creuser : il est actuellement de l’ordre de 1 à 4, et pourrait passer de 1 à 6, en une quinzaine d’années ».

 

Ce bilan déjà défavorable en termes simples de taux de croissance apparaîtra certainement encore plus mauvais si l’on tient compte du retournement de la balance des flux financiers, les transferts de capitaux de l’Afrique vers l’extérieur (le Nord, particulièrement européen) l’emportant désormais sur les flux inverses publics et privés. Ce retournement, qui n’est pas particulier à l’Afrique mais concerne l’ensemble du tiers monde dans son ensemble (la Chine constituant l’exception unique) annule pratiquement tous les discours qu’on peut tenir sur une « relance de développement » fondée sur les principes du néo-libéralisme dominant. La relance, si on la souhaite véritablement, implique qu’on prenne ses distances à l’égard de la dogmatique absurde de l’économie « pure ». Les pouvoirs européens ne sont pas disposés à remettre en cause cette dogmatique.

 

Le bilan présenté de cette manière resterait incomplet tant qu’on ne prend pas en considération l’évolution de la répartition du revenu qui a accompagné la mise en œuvre des stratégies en question. Or celle-ci a évolué et continue d’évoluer dans un sens négatif, celui d’une aggravation de l’inégalité qui, à son tour, engendre des gaspillages dans l’investissement (la priorité de fait étant donnée aux investissements coûteux destinés à satisfaire la demande des classes privilégiées). La répartition du revenu n’est pas indépendante des options stratégiques de développement. Elle lui est au contraire intimement associée. Loin d’assurer une affectation optimale des ressources, comme le prétend le discours néo-libéral, les options néo-libérales de mondialisation débridée engendrent une allocation désastreuse des ressources, notamment rares (capitaux, technologies, main d’œuvre qualifiée).

 

On poursuivra l’analyse des raisons de cet échec du développement en mettant en relief les points suivants :

 

La relation étroite qui lie la faiblesse de la croissance générale à l’échec du développement agricole : le potentiel agricole est si faiblement exploité que la production alimentaire ne permet pas de couvrir les besoins de la population et de déficit structurel risque de s’aggraver.

La marginalisation de l’Afrique dans le commerce mondial : la part de la région dans les importations de l’Union Européenne est tombée de 3,9 % en 1976 à 2,8 % en 1994, tandis que celle de l’Asie passait de 9 à 13 %. Ces résultats médiocres le sont d’autant plus que les pays pétroliers du groupe assurent à eux seuls 67 % des exportations totales de la région et que le déclin des exportations de la région vers l’Union européenne n’a pas été compensé par une ouverture sur d’autres marchés mondiaux, le degré de dépendance à l’égard du marché européen n’ayant pas été réduit.

 

Mais comment ici ne pas tenir pour responsable – au moins partiellement – les accords d’association qui, par leur intervention privilégiée en faveur des productions primaires (à travers les mécanismes du Stabex et du Sysmin), ont encouragé l’Afrique à rester dans ce type de division internationale du travail en voie de dépassement ailleurs comme l’illustrent les succès des nouveaux pays industriels dont les exportations de produits manufacturés ont été motrices ? Comment pouvait-on espérer des succès en terme de croissance globale en fondant le développement sur de prétendus avantages comparatifs enfermant dans des productions à faible productivité, de surcroît appelées à souffrir de la détérioration des termes de l’échange ?

 

La marginalisation de l’Afrique dans l’investissement international : bien que l’Union Européenne fournisse la moitié des ressources financières externes des ACP, le maintien de cette proportion n’a été possible que grâce à l’augmentation continue des flux d’aide publique, tandis que l’ouverture des économies se soldait par des désinvestissements des capitaux privés.

 

Les conventions d’association traitent également de la question de la régionalisation au sein du groupe des ACP. Mais dans ce domaine elles s’accommodent de formules plates qui ne font que recenser ce qui existe réellement (comme la zone monétaire CFA) ou dans la rhétorique d’institutions peu actives (la CDEAO et d’autres). Rien de comparable avec la logique du Plan Marshall qui avait imposé une coopération intra-européenne contraignante comme condition du soutien des Etats Unis. Dans les faits donc, les décennies considérées (de 1960 à nos jours) ne se sont pas soldées par une intensification des échanges intra-africains. L’Afrique est également sur ce plan en retard par rapport à l’Asie et à l’Amérique latine. Encore une fois sans doute cette évolution défavorable ne peut être attribuée aux seuls accords d’association. Elle est le produit de la stratégie d’ensemble du développement considéré qui a été largement « nationaliste », au sens qu’elle n’envisageait de politiques économiques que strictement nationales, sans donner d’importance – en fait sinon dans les discours officiels concernant la « coopération régionale » - à une perspective nécessaire de régionalisation. Ce « nationalisme » étroit n’était pas le seul fait des uns (les populismes radicaux) ; il était également partagé par les « libéraux modérés ».

 

Enfin l’Union Européenne ne paraît pas avoir défini une politique de l’environnement qui tienne compte des dégradations de celui-ci en Afrique.

 

En dépit de toutes leurs insuffisances, les accords d’association comportent au niveau du principe un aspect potentiellement positif : celui d’affirmer une co-responsabilité des Etats développés (en l’occurrence ceux de l’Union Européenne) et des Etats dits en voie de développement (en l’occurrence les ACP) dans le développement. Quand bien même la mise en œuvre réelle de ce principe ait été fortement limitée dans son potentiel progressiste à la fois par la nature et les options des forces dominantes dans les Etats européens eux mêmes et celles des classes dirigeantes africaines associées, celui-ci demeurait affirmé. Il s’agissait d’une exception puisque ni les Etats Unis ni les instruments internationaux qui leur sont dévoués sans réserve (la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC) n’ont jamais accepté d’y souscrire.

 

Sans doute derrière les accords de Lomé se profilaient des « intérêts particuliers », hérités de l’histoire coloniale, en voie de perte de vitesse graduelle. Mais c’était également le produit de la conjoncture dite de « la guerre froide ». L’URSS et la Chine à l’époque soutenaient activement le non alignement, auquel ont finalement souscrit tous les Etats africains, même les plus modérés (et pro-occidentaux, voire anti soviétiques). L’Europe était tenté de respecter – au moins en termes formels – l’indépendance des Etats ACP et d’accepter le principe d’un soutien (financier) à des stratégies décidées librement par leurs partenaires. Aucune conditionnalité du style privatisation obligatoire ou suppression du contrôle des changes n’était concevable à l’époque. En renonçant à ce principe pour inscrire désormais les rapports euro-africains dans le cadre de la mondialisation libérale dite « sans alternative », l’Union Européenne a fait un grand pas en arrière. L’Union Européenne a substitué un nouveau principe à celui qu’elle abandonnait. Elle prétend en effet souhaiter renforcer sa coopération économique avec les ACP par un « dialogue politique » et a choisi, dans cette perspective, le thème de ka démocratisation. Si sympathique que soit le principe de cette option, celle-ci court le risque de s’enliser dans la rhétorique et la manipulation si le débat n’ose pas aborder avec force les questions relatives au contenu et aux conditions sociales de la démocratie en question comme celles relatives aux exigences de politique économique qu’elle implique.

 

LE PARTENARIAT « EURO-MEDITERRANEEN »

 

L’Europe et le monde arabe constituent deux régions qui, par leur proximité géographique et l’ancêtre hellénistique commun dont sont issus le Christianisme et l’Islam, ont entretenu à travers toute leur histoire des relations complexes. Mais la coupure Nord-Sud telle que nous la connaissons – opposant l’Europe « développée » au monde arabe « sous développé » ne s’est établie définitivement que tardivement, avec l’expansion capitaliste, renforcée par la colonisation de la rive Sud qui n’a pris fin que récemment (les Britanniques n’évacuent l’Egypte qu’en 1954 et tentent d’y revenir en 1956, et les Français ne reconnaissent l’indépendance de l’Algérie qu’en 1962).

 

Dans la période de l’après deuxième guerre mondiale, les relations entre l’Europe et le monde arabe se sont inscrites dans la logique dominante de la géopolitique et la géostratégie des Etats Unis. L’OTAN considérait en effet le monde arabe comme un adversaire, tandis que l’Union Soviétique soutenait ses tentatives de développement autonome. L’Europe, une fois retirée de la région, laissait les Etats Unis y opérer seuls, soutenus par leurs alliés fidèles, la Turquie, Israël et les régimes pétroliers du Golfe et garantir, par ces moyens, le ravitaillement pétrolier vital pour l’Europe.

 

La disparition de l’adversaire soviétique allait-elle ouvrir des perspectives nouvelles de coopération véritable entre l’Union Européenne et le monde arabe ? On aurait pu le croire un moment, lorsque l’Europe prenait l’initiative d’une proposition dite de partenariat « euro-méditerranéen » amorcée à Barcelone en 1995. Aujourd’hui, on ne peut que constater que ce processus n’est pas seulement « en panne », mais qu’il a fait faillite.

 

La raison en est que le projet lui-même avait été conçu sur la base d’un principe inacceptable, non crédible et par conséquent impossible à mettre en œuvre, même si certains de ses promoteurs pouvaient avoir été de bonne volonté.

 

Le partenaire européen rassemble non pas seulement les Européens méditerranéens mais l’ensemble des pays de l’Union Européenne. C’est un droit que les Européens ont et que certainement personne ne peut mettre en question (celui de se penser comme ayant des intérêts communs et comme devant s’imaginer un avenir commun). C’est là un droit indiscutable de tous les Européens, même si c’est aussi le droit des Européens dans chacun des pays concernés de critiquer (et certains le font) le projet européen tel qu’il est à l’heure actuelle.

 

L’autre partenaire est curieux : il est constitué par l’ensemble des riverains de la côte Sud et Est de la Méditerranée. Or ces riverains se trouvent être pour une bonne part des pays arabes qui appartiennent eux aussi à un monde distinct : le monde arabe. Qu’on soit nationaliste arabe ou qu’on ne le soit pas, ce monde existe et on doit reconnaître de ce fait qu’il pourrait avoir une certaine sensibilité commune, un certain sens de l’intérêt commun et une vision commune de son insertion dans le monde contemporain. Séparer les pays arabes méditerranéens des pays arabes non méditerranéens est véritablement inacceptable. Ce dont on aurait besoin, c’est donc d’un accord euro-arabe, c’est-à-dire entre l’ensemble des pays européens et l’ensemble des pays arabes, qu’ils soient méditerranéens ou non. Le concept de Méditerranée n’a de sens que s’il s’agissait d’assembler l’ensemble des pays riverains autour de problèmes liés à la mer commune, dans le domaine de la pollution par exemple. Ce n’est pas sur cette base étroite qu’on peut penser l’avenir des relations entre l’Europe et ce morceau du Sud qui s’appelle le monde arabe.

 

Par ailleurs, l’époque de la Conférence de Barcelone (1995) est aussi celle de Madrid et d’Oslo, c’est-à-dire une époque où s’esquisse sous la houlette des Américains, un certain type de paix entre les Arabes et Israël. Les Européens ont ainsi mis en œuvre une stratégie complémentaire à celle des Etats Unis et d’Israël, visant à dicter le contenu de la paix. Une paix imaginée sur une base dont on aurait dû savoir d’avance qu’elle était inacceptable, parce qu’elle équivalait à la mise en place d’un bantoustan – il n’y a pas de meilleur terme - , dans les territoires occupés de Palestine.

 

C’est à ce moment et dans ce contexte géopolitique que le projet euro-méditerranéen a été pensé. Il s’agissait d’utiliser la nouvelle conjoncture internationale pour imposer aux Arabes l’intégration d’Israël dans la région, de poser comme condition à la coopération entre l’Europe et les pays arabes, une coopération de même nature entre les pays arabes eux-mêmes et Israël … C’est un peu comme si l’Europe avait imposé aux Etats africains à l’époque de l’apartheid, pour reprendre la comparaison, qu’ils régularisent leurs relations, diplomatiques et autres, avec l’Afrique du Sud comme condition au soutien et à la coopération que les Européens leur offraient.

 

Israël est un pays d’apartheid et met en œuvre une politique de nettoyage ethnique systématique. Le tolérer, à plus forte raison le soutenir, n’est pas acceptable. Le boycott d’Israël s’impose à tous les pays civilisés du monde.

 

Dans le moment actuel avec la tragédie qui se développe en Palestine, une intervention internationale politique forte accompagnée de mesures effectives de boycott sérieux d’Israël, jusqu’à la reconnaissance par ce dernier de l’Etat palestinien, s’impose. L’Europe est intervenue de façon tonitruante au Kosovo pour moins que cela, mais elle tolère que le gouvernement d’Israël soit confié à un authentique criminel de guerre, lequel a, au demeurant, proclamé lui même son rejet des accords de Madrid et d’Oslo ! Il est vrai que dans le cas yougoslave l’Europe ne faisait que s’aligner sur une décision prise antérieurement à Washington. Par contre pour prendre une position autonome vis-à-vis de la Palestine, il faudrait que l’Europe prenne ses distances à l’égard des Etats Unis, et cela est visiblement très difficile. C’est la preuve que l’Europe politique n’existe pas.

 

Les propositions européennes dites de « partenariat euro-méditerranéen » comportent également un volet économique, à propos duquel les institutions européennes ont prétendu « faire du nouveau », en qualifiant leurs propositions de « co-développement », « partenariat », « développement solidaire » substitués au terme dévalorisé « d’aide ». L’examen de ces propositions montre qu’il n’en est rien. Toutes ces propositions s’inscrivent rigoureusement dans la logique exclusive du néo-libéralisme mondialisé (ouverture des marchés, création de conditions « favorables » à l’investissement étranger, dérégulation, désarmement des protections etc. ) tel que le conçoivent les Etats Unis, l’OMC, la Banque mondiale et le FMI. La soumission aux règles définies par ces instances, y compris aux plans dits « d’ajustement structurel » est d’ailleurs formulée comme une condition préalable de mise en œuvre des propositions européennes. Ici encore la politique réelle de l’Europe ne diffère pas de celle des Etats Unis. Tant dans ses dimensions politiques qu’économiques les propositions de l’Europe s’inscrivent dans un double alignement dominant à l’heure actuelle : la mondialisation libérale et l’hégémonisme des Etats Unis. Les deux sont liés. Si l’on accepte la logique exclusive de la mondialisation libérale, on accepte de donner la priorité ou l’exclusivité même aux intérêts du capital dominant. Et les intérêts du capital dominant européen ne sont pas fondamentalement différents des intérêts du capital dominant nord-américain. Il y a bien sûr des conflits, mais ce sont de vulgaires conflits mercantiles, de même nature que les conflits qu’il peut y avoir entre des transnationales d’un même pays. Ce n’est pas sur cette base que l’on peut concevoir une autonomie éventuelle de l’Europe vis-à-vis des Etats Unis.

 

D’autres conditions sont également imposées par le partenaire européen. La référence au respect des droits de l’homme qui constitue théoriquement une condition aux accords d’association est-elle souhaitable ? Certes une charte, même signée par des gouvernements qui n’ont pas l’intention de la mettre en œuvre, peut devenir un levier que les victimes d’un système pourraient utiliser. Mais au mieux cet instrument restera marginal car la lutte pour la démocratie est avant tout l’affaire des peuples et doit être conduite dans le pays concerné lui-même. L’internationalisme dans ce domaine est fort utile, mais c’est essentiellement à partir des luttes internes et de la mobilisation des forces démocratiques à l’intérieur des sociétés que se construira le changement. Ce que l’extérieur peut faire c’est précisément de les soutenir et non pas de les combattre.

 

Or l’utilisation que les Puissances (ici l’Europe) entend faire de ses interventions au nom de la démocratie reste douteuse. Les exemples de « deux poids-deux mesures » - nombreux et évidents – démontrent que cette utilisation est parfaitement cynique : l’outil est mobilisé face à un adversaire qu’on veut affaiblir, rangé s’il s’agit d’un allié. D’ailleurs le concept dominant à l’heure actuelle est celui de la good governance pour utiliser le jargon franglais à la mode, c’est à dire le concept de la gouvernabilité acceptable. C’est hélas un concept très pauvre qui réduit la démocratie au multipartisme, aux élections formelles et au respect d’un certain nombre de droits élémentaires individuels, sans aucune reconnaissance des droits sociaux, individuels et collectifs, du droit au travail, à l’éducation, à la santé, du droit à la liberté de mouvement, à l’intérieur comme à l’extérieur de son propre pays. Or les droits constituent un tout dont les parties sont inséparables. S’ils ne sont pas accompagnés des autres droits, les droits politiques deviennent des instruments qui peuvent être et qui sont manipulés, et par conséquent font reculer la cause de la démocratie parce qu’ils détruisent sa crédibilité auprès des peuples eux-mêmes.


L’ALTERNATIVE SOUHAITABLE

EN MATIERE DE REGIONALISATION

 

L’Afrique et le monde arabe ne sont pas réellement engagés dans la voie d’une régionalisation efficace quelconque, hormis celles commandées de l’extérieur et dominées par le Nord, et ce en dépit de la prolifération d’institutions qui ne sont finalement que des trompe l’œil.

 

La région a pourtant besoin de formes de régionalisations adéquates et efficaces. Celles-ci doivent être pensées à partir de l’analyse des défis du monde contemporain (et surtout des évolutions lourdes qui façonnent le monde de demain) et, en contrepoint, des exigences d’un développement authentique. Celui-ci n’a de sens que s’il est populaire au sens que ses bénéfices profitent immédiatement à l’ensemble des classes populaires et non à une minorité. C’est d’ailleurs là la condition nécessaire pour que le développement puisse être associé à une démocratisation ayant des chances de prendre racines. Le modèle de ce type de développement capable de se déployer simultanément aux niveaux nationaux, sub-régionaux, voire à celui de la grande région que constitue le continent dans son ensemble prendrait alors sa place dans la construction d’une mondialisation multipolaire, seule alternative à la mondialisation déséquilibrée et polarisante mise en œuvre par les forces dominantes du moment.

 

Ce que nous proposerons ici n’est qu’un schéma de la réponse régionale à ces défis, en aucune manière un projet « détaillé ». Ce schéma met donc l’accent sur les principes de la proposition, dont on verra alors que d’évidence ils sont ignorés tant dans les pratiques en cours que dans la rhétorique du discours dominant sur la régionalisation.

 

Les régions du tiers monde en général, et l’Afrique en particulier, doivent concevoir des formes de régionalisation capables de renforcer leur capacité de résister aux formes nouvelles de la polarisation qui opèrent dans le système mondial. Le qualificatif de « nouvelles » doit être fortement souligné

 

Car en effet la polarisation dans le système mondial n’opère plus comme elle a opéré au cours des deux derniers siècles.

 

La polarisation de l’époque « classique » était pratiquement synonyme de contraste pays industrialisés/pays non industrialisés. Le monopole des centres, à travers lequel se reproduisait et s’approfondissait l’accumulation inégale à l’échelle mondiale, était celui de l’industrialisation. Ce contraste commandait les formes à travers lesquelles la loi de la valeur mondialisée opérait à cette étape de la mondialisation ; des formes dont les expressions ont fourni la matière aux grands débats de l’époque (« l’échange inégal » en particulier).

 

On conçoit qu’à l’époque la réponse au défi ait pu être résumée en un mot : industrialisation. On conçoit alors tout également qu’à l’époque il n’était pas absurde de penser qu’un grand espace étant moins difficile à industrialiser qu’un petit la régionalisation pouvait être un moyen adéquat de surmonter la difficulté. Dans cet esprit le grand espace régional pouvait être conçu comme un espace de planification – sectorielle et sélective – des complémentarités entre les systèmes productifs nationaux à mettre en place. Il pouvait être simultanément conçu comme un « marché commun », encore que celui-ci devait être pensé comme un espace de protection collective vis à vis des centres développés.

 

Les projets de régionalisation en Afrique et dans le monde arabe, à défaut même de réalisations effectives, étaient déjà en deçà des exigences de l’époque. Ils étaient fondés sur l’idée simple de création de « marchés communs », à l’imitation du modèle européen, sans prendre la mesure des exigences réelles de la confrontation au défi. Celui-ci exigeait au moins que deux ensembles de mesures soient prises, allant bien au delà de la simple constitution de marchés communs. Le premier concerne l’impulsion par les Etats et les autorités régionales nécessaire pour la création de systèmes productifs inexistants (alors qu’en Europe le marché commun opérait dans un univers de systèmes industriels déjà développés). Le second la protection de la zone nouvelle intégrée. Les marchés communs africains proposés à l’époque étaient muets sur le premier sujet, timides sur le second.

 

Aujourd’hui il n’est même plus question de concevoir les marchés communs éventuels comme des espaces protégés. Les règles de l’OMC l’interdisent formellement, la régionalisation n’étant tolérée que dans la mesure où elle s’inscrit dans une mondialisation ouverte. La protection n’est acceptable dans cet esprit que si elle est modérée et surtout « provisoire » puisqu’elle doit seulement permettre aux activités locales de devenir rapidement « compétitives » sur un marché mondial ouvert. On frise ici le grotesque : demander à un pays africain de devenir compétitif dans une branche quelconque de l’activité économique en quelques années, voire vingt ans, n’a aucun sens. Une belle exploitation minière (fondée sur une dotation naturelle riche) ou un établissement industriel de sous traitance banale (dont « l’avantage » est alors celui de la main d’œuvre bon marché et d’une fiscalité légère) pourraient certes être « compétitifs » dans ce sens. Le système productif national lui ne pourrait le devenir. Dans ces conditions la croissance éventuelle des « activités compétitives » ne pourrait que reproduire la polarisation dont le pays est victime.

 

La polarisation qui opère dans le système mondial aujourd’hui n’est plus fondée sur le seul monopole industriel des centres. Car les périphéries principales sont désormais entrées à leur tour dans l’ère industrielle (encore que l’Afrique ne le soit pas véritablement). Au monopole industriel d’hier se sont substitués aujourd’hui ce que j’ai proposé de classer dans l’une des rubriques des « cinq monopoles » des centres : l’initiative technologique, l’accès aux ressources naturelles du globe, le contrôle de la finance mondialisée, les communications, les armes de destruction massive. Pris ensemble ces cinq monopoles définissent une forme et un contenu nouveau de la loi de la valeur mondialisée sur la base de laquelle l’accumulation à l’échelle mondiale reproduit et approfondit la polarisation.

 

Dans ces conditions nouvelles les stratégies nationales de développement et les structures de régionalisation destinées à en améliorer l’efficacité doivent être pensées comme les moyens de réponse à ces cinq défis.

 

Un projet de régionalisation dans le tiers monde d’aujourd’hui n’a pas de sens s’il ne devient pas le moyen de mettre en place des structures adéquates de recherches scientifiques et technologiques puissantes capables de développer des technologies appropriées et d’en assurer la diffusion et l’usage effectif – par la protection – dans tout l’espace régional considéré. Par exemple en Afrique créer une recherche et une industrie pharmaceutiques pour combattre le SIDA (et bien d’autres pandémies non moins destructrices). Le faire c’est entrer en conflit (et il faut l’accepter) avec les règles de soi disant protection de la propriété intellectuelle et industrielle, en l’occurrence celles des oligopoles de la pharmacie des pays du Nord qui ne sont pas intéressés par l’éradication du SIDA en Afrique (laquelle implique des produits à bon marché) mais défendent les super profits que la vente de leurs produits coûteux leur garantit . Impossible ? Cuba a créé une industrie médicale et pharmaceutique remarquable. Pourquoi l’Afrique ne le pourrait-elle pas ? On pourrait multiplier les exemples, entre autre dans les domaines de l’agriculture et de l’irrigation.

 

Un projet de régionalisation dans le tiers monde aujourd’hui n’a pas de sens s’il ne prévoit pas les voies et moyens de mettre les ressources naturelles de la région à la disposition d’abord de son propre développement plutôt qu’à celle de la consommation mondiale (c’est à dire celle du Nord). Autrement dit, n’exploiter ces ressources (minérales et pétrole en particulier) que dans la mesure des besoins de la région et de ses exportations exigées pour payer les importations nécessaires. Les principes de la mondialisation libérale imposent le contraire : exporter au maximum, quitte à sacrifier l’avenir des peuples du tiers monde au profit du gaspillage immédiat des pays du Nord … Briser le monopole des centres dans l’accès aux ressources du globe doit être l’un des objectifs prioritaires de la régionalisation. Un système de taxation des rentes associées à l’exploitation des ressources naturelles pourrait être imaginé au niveau régional, répartissant son produit entre les Etats et les institutions régionales (pour permettre par exemple la couverture de leurs dépenses de recherches technologiques esquissées au paragraphe précédent). On amorcerait ainsi une fiscalité mondiale (voire plus loin) et contraindrait les consommateurs du Nord à payer plus cher l’accès aux ressources du globe que leur gaspillage implique.

 

Un projet de régionalisation dans le tiers monde n’a pas de sens s’il ne permet pas de construire un système financier régional capable de résister à la mondialisation financière mise en œuvre par le capital dominant. Un système de monnaies nationales correctement gérées (les mouvements de capitaux demeurant contrôlés), articulées au plan régional par un Fonds Monétaire chargé d’assurer une stabilité relative des changes au sein de la région , peut être imaginé, si l’on ose se libérer du diktat du FMI. La région pourrait alors refuser collectivement ce que la mondialisation financière lui impose, entre autre l’ouverture des comptes capitaux.

 

La mise en œuvre de systèmes régionaux de communications, destinés à donner à chaque région une autonomie relative par rapport au système mondialisé qui véhicule non seulement les cultures et sous cultures dominantes mais opère également comme un instrument puissant de manipulation politique, n’implique pas seulement la solution de problèmes technologiques (qui devraient de ce fait figurer dans la liste des priorités de la recherche esquissée plus haut). Elle suppose un consensus difficile sur les options politiques et culturelles des pays de la région, néanmoins concevable si les structures politiques nationales et régionales sont fondées sur les principes de la meilleure démocratie. Des constructions régionales de ce type amorceraient également la démocratisation du système global (voir plus loin).

 

Le monopole des armements de destruction massive doit également être brisé. Là également les réponses au défi – nationales et régionales – impliquent non seulement des accords difficiles mais non inconcevables par exemple pour la création de corps d’intervention collective (l’OUA en aurait bien besoin !), non seulement – hélas – la création d’industries efficaces d’armements (en attendant que Nord renonce à son « droit » d’ingérence … et au bombardement des récalcitrants), mais encore bien entendu le partage d’une vision commune de la sécurité régionale, complément de celle des Nations.

 

On pourrait objecter que ce qui vient d’être dit au titre des réponses au défi des « cinq monopoles » est peut être valable pour les pays géants (Chine, Inde, Brésil) qui ont l’avantage de pouvoir se passer de « régionalisations » (et d’ailleurs, dans un certaine mesure ces trois pays ne sont pas insensibles aux défis des « cinq monopoles » et y font face, au moins partiellement, par leurs politiques nationales spécifiques), ou à la rigueur pour les régions de l’Asie et de l’Amérique latine déjà avancées dans l’industrialisation. Mais que l’Afrique n’étant pas encore entrée véritablement dans l’ère de l’industrialisation les formes de la régionalisation conçues pour la phase antérieure du développement mondial restent toujours valables. C’est en partie vrai, à condition qu’on pense la protection régionale d’une industrialisation qui reste à faire d’une manière sérieuse et maximale, et non minimale. Mais cela n’est vrai qu’en partie car, qu’on le veuille ou non l’Afrique est également partie prenante dans le monde d’aujourd’hui et doit donc participer au combat contre les formes nouvelles de domination du Nord et de polarisation qui les accompagne.

 

Les principes de régionalisation esquissées ci-dessus s’inscrivent naturellement dans la perspective d’une mondialisation démocratique et pluricentrique

 

Les principes de cette forme de régionalisation constituent des moyens raisonnables et efficaces pour combattre les effets polarisants des cinq monopoles de la triade. A partir de là on pourrait reprendre les grandes questions relatives à l'ordre mondial pour proposer les axes et les objectifs de grandes négociations susceptibles d'organiser une interdépendance contrôlée des pays et régions mise au service des peuples, sur au moins les grandes questions suivantes :

 

La renégociation des "parts de marché' et des règles d'accès à ceux-ci. Ce projet remet en cause bien entendu les règles de l'OMC qui, derrière un discours sur la "concurrence loyale", s'emploie exclusivement à défendre les privilèges des oligopoles actifs à l'échelle mondiale.

 

La renégociation des systèmes de marchés de capitaux, dans la perspective de mettre un terme à la domination des opérations de spéculation financière et d'orienter les investissements vers les activités productives au Nord et au Sud. Ce projet remet en question les fonctions, sans doute l'existence même, de la Banque mondiale.

 

La renégociation des systèmes monétaires dans la perspective de la mise en place d'arrangements et de systèmes régionaux assurant une stabilité relative des changes, complétés par l'organisation de leur interdépendance. Ce projet remet en question le FMI, l'étalon dollar et le principe des changes libres et fluctuants.

 

L'amorce d'une fiscalité de portée mondiale, par la taxation des rentes associées à l'exploitation des ressources naturelles et leur redistribution aux échelles nationale, régionale et mondiale selon des critères appropriés et pour des usages affectés. Les Verts, s’ils sont sérieux et cohérents avec les principes qu’ils proclament être les leurs, devraient soutenir une telle idée.

 

La démilitarisation de la Planète, en commençant par la réduction des forces de destruction massive des plus puissants.

 

La démocratisation de l'ONU et de la loi internationale.

 

Dans cette perspective conciliant mondialisation et autonomies locales et régionales (ce que j'appelle une déconnexion cohérente avec les défis nouveaux), place est faite pour une révision sérieuse des concepts "d'aide", comme aux problèmes de démocratisation du système des Nations Unies, qui pourrait alors s'atteler efficacement à des objectifs de désarmement (rendus possibles par les formules de sécurité nationale et régionale associées à la reconstruction régionale), amorcer la mise en place d'une fiscalité mondialisée (en relation avec la gestion des ressources naturelles de la planète), compléter l'organisation inter Etats qu'est l'ONU par l'amorce d'un "Parlement mondial" capable de concilier les exigences de l'universalisme (droits de l'individu, des collectivités et des peuples, droits politiques et sociaux etc.) et la diversité des héritages historiques et culturels.

 

Le programme esquissé ici ne vise pas seulement à moduler les formes de régulation des marchés dans la perspective de protéger les faibles (classes et nations). Son volet politique n'est pas moins important. Les idées centrales qui ont guidé cette rédaction concernent le désarmement et l'élaboration d'un nouveau droit international des individus, des peuples et des Etats.

 

Concernant le désarmement le discours dominant, ressassé par les médias, axé sur les dangers que comporterait la "prolifération" des armements nucléaires et autres, est véritablement mal venu, dès lors que la puissance militaire américaine a opté pour le bombardement terroriste et qu'on sait qu'elle n'hésiterait pas à faire usage du nucléaire si elle le juge nécessaire. Devant cette menace majeure les autres pays du monde ne peuvent réagir que par le choix de la construction de forces militaires capables de dissuader l'agression impérialiste en rendant celle-ci coûteuse. La paix est à ce prix.

 

Peut-on également espérer développer un nouveau droit supérieur qui garantisse à tous sur cette planète un traitement digne, condition de leur participation active et inventive à la construction de l'avenir ? Un droit plein, multidimensionnel, qui traite des droits de la personne humaine (hommes et femmes bien entendu, en tant qu'êtres pleinement égaux), des droits politiques, des droits sociaux (travail et sécurité), des droits des communautés et des peuples, enfin du droit régissant les relations inter Etats. Voilà certainement un agenda qui occupera des décennies de réflexion, débats, actions et décisions.

 

Le principe du respect de la souveraineté des nations doit rester la pierre angulaire du droit international. Et si la Chartre des Nations Unies a choisi de le proclamer, c'était précisément parce que ce principe avait été nié par les puissances fascistes. Dans son discours poignant prononcé en 1935 devant la SDN l'Empereur Hailié Selassié avait clairement fait comprendre que la violation de ce principe - lâchement acceptée par les démocraties de l'époque - sonnait le glas de cette organisation. Qu'aujourd'hui ce principe fondamental soit à nouveau violé avec autant de brutalité par les démocraties elles mêmes ne constitue pas une circonstance atténuante, mais au contraire aggravante. Au demeurant elle a déjà amorcé la fin aussi peu glorieuse de l'ONU, traitée en chambre d'enregistrement de décisions prises ailleurs et mises en œuvre par d'autres. L'adoption solennelle du principe de la souveraineté nationale en 1945 s'accompagnait logiquement de l'interdiction du recours à la guerre. Les Etats sont autorisés à se défendre contre celui qui viole leur souveraineté par l'agression, mais ils sont condamnés à l'avance s'ils sont les agresseurs. Aujourd’hui ce sont les puissances de l’OTAN qui, à ce titre, devraient être condamnées, conformément au droit en vigueur.

 

Sans doute la Chartre des Nations Unies avait-elle donné une interprétation absolue du principe de la souveraineté. Qu'aujourd'hui l'opinion démocratique n'accepte plus que ce principe autorise les gouvernements à faire n'importe quoi avec les êtres humains qui sont placés sous leur juridiction constitue un progrès certain de la conscience universelle. Comment concilier ces deux principes qui peuvent entrer en conflit ? Certainement pas par la suppression d'un de leurs termes - soit la souveraineté des Etats, soit les droits humains. Car la voie choisie par les Etats Unis et derrière eux leurs alliés européens subalternisés, non seulement n'est certainement pas la bonne, mais encore cache les objectifs véritables de l'opération, qui n'ont rien à voir avec le respect des droits humains, en dépit du matraquage médiatique qui veut le faire croire.

 

L'ONU doit être le lieu de l'élaboration du droit international. Il n'y en pas d'autres qui puissent être respectables. Que celle-ci implique des réformes de l'organisation, qu'on réfléchisse aux voies et moyens (y compris d'innovation institutionnelle) qui permettent aux forces sociales réelles d'y être représentées aux côtés des gouvernements (qui, au mieux, ne les représentent que très imparfaitement), qu'on s'assigne l'objectif d'intégrer dans un ensemble cohérent les règles du droit international (le respect de la souveraineté), celles qui concernent les droits des individus et des peuples et celles qui concernent les droits économiques et sociaux, oubliés dans la vulgate libérale, lesquels impliquent nécessairement la régulation des marchés, voilà de quoi meubler un agenda lourd de questions auxquelles je ne chercherai pas à donner ici des réponses qui seraient fatalement trop brèves. Il s'agit d'un processus long sans aucun doute. Mais il n'y a pas de raccourci ; l'histoire de l'humanité n'est pas parvenue à son terme, elle continuera à progresser au rythme de ses possibilités.

 

Le système mondial pluricentrique et démocratique préconisée ici ne constitue pas la "fin de l'histoire", mais seulement une étape dans la longue progression des valeurs sociales en direction de la construction d’une société mondiale fondée sur la solidarité humaine plutôt que l'égoïsme des individus et des nations.

 

Dans cette transition l'accent est en effet placé sur trois principes largement négligés dans les expériences du XXe siècle qui par ailleurs tiennent compte des tendances profondes de la transformation du monde. Il s'agit en premier lieu du principe d'une démocratisation perçue comme un processus multidimensionnel sans fin, laquelle contribue à amorcer le progrès de la conscience de ce qu'est l'aliénation économiciste à combattre. Dans ce processus on passe donc progressivement de projets et de visions du progrès de la libération dans le capitalisme à ceux de la libération du capitalisme. En second lieu la vision mondialiste humaniste, qui invite à placer le droit multiforme des personnes et des collectivités aux postes de commande (en lieu et place du droit des affaires, c'est à dire du droit au service du capital), contribue à créer un internationalisme des peuples, qui fait contre poids au transnationalisme du capital. Enfin en troisième lieu les régionalisations sont conçues dans une optique qui en fait des instruments efficaces de la réduction des effets polarisateurs du déploiement du capital.

 

On peut revenir maintenant aux questions concernant une éventuelle association Nord-Sud, singularisée par un « projet » de coopération de type nouveau associant l’Europe, l’Afrique et le monde arabe

 

La géographie – et peut être l’histoire – ont associé étroitement, pour le meilleur et surtout le pire (l’impérialisme) l’Europe dominante d’une part, l’Afrique et le monde arabe dominés d’autre part. Peut-on imaginer une « coopération » de type nouveau associant ces trois régions dans la perspective de la construction du monde démocratique multipolaire et régionalisé esquissé ci-dessus ? Quelles sont les conditions d’un tel projet ?

 

Les objectifs d’un projet d’une telle ambition doivent être explicités. Ceux-ci ne pourraient être que : (i) combler le fossé entre les divers partenaires de la région : Europe de l’Ouest, Europe de l’Est et pays de l’ex URSS, pays arabes semi industrialisés pauvres, producteurs de pétrole riches, pays de l’Afrique subsaharienne, Afrique du Sud ; (ii) assurer un degré suffisant d’autonomie aux pays et aux régions et sous régions concernés pour tenir compte des inégalités qui les séparent les uns des autres et rendre possible des politiques appropriées capables de donner des réponses efficaces à leurs problèmes sociaux ; (iii) garantir l’ouverture contrôlée des pays de la région tant dans leurs relations entre eux que dans celles qu’ils entretiennent avec les autres régions du monde.

 

Il est plus qu’évident que la réalisation de ces objectifs exigerait une transformation profonde des structures des pouvoirs en place. Plus précisément celle-ci est impensable sans imaginer : (i) qu’une hégémonie du travail prenne en Europe le relais de celle du capital ; (ii) qu’une alliance sociale populaire se cristallise en Russie et dans les pays de l’ex URSS (comme dans les pays de l’Europe de l’Est), prenant le relais des bureaucraties politiques et des forces confuses et ambiguës du populisme et du nationalisme ; (iii) que des alliances nationales populaires prennent en Afrique et dans le monde arabe le relais des hégémonies compradore en place.

 

Pour l’Europe au sens large du terme le concept de « maison commune », bien que vague, correspondrait sans doute aux exigences de la construction envisagée, car il suppose une marge d’autonomie relative nécessaire pour le déploiement de politiques spécifiques appropriées des uns et des autres parmi les partenaires. La formule n’exclut pas des formes plus approfondies d’intégration entre les pays plus avancés. L’Union européenne pourrait constituer ce noyau si elle pouvait être refondée sur la base de l’hégémonie du travail, concept absent dans l’état actuel de son institutionnalisation. Le corollaire de cette forme de régionalisation européenne à plusieurs étages serait l’unité africaine et l’unité arabe, elles aussi conçues sans doute à plusieurs étages. La construction de l’ensemble Europe-Afrique-monde arabe exigerait évidemment que les trois régions acceptent de se renforcer mutuellement et d’agir dans un sens qui renforce leurs unités respectives. Ce n’est pas le cas. L’Europe n’a pas démontré jusqu’à ce jour sa volonté de traiter avec les collectifs constitués par les Africains et les Arabes. L’Union Européenne ne reconnaît ni l’OUA ni la Ligue arabe et n’accepte de traiter qu’individuellement avec les pays dont ces organisations sont constituées. Il appartient aux Africains et aux Arabes de l’imposer.

 

Par ailleurs l’état actuel des rapports de force sociaux ne permet certainement pas d’imaginer que des bouleversements de cette ampleur sont à l’ordre du jour. Les acteurs sociaux qui auraient objectivement intérêt à ce qu’il en soit ainsi ne sont que potentiels, et sont loin de s’être cristallisés en forces politiques capables de proposer des révolutions de cette ampleur. Ceux qui occupent le devant de la scène agissent dans des directions qui ne convergent pas vers les objectifs définis plus haut. Tout au contraire.

 

Dans ces conditions derrière les projets « euro-africains » et « euro-arabes » tels qu’ils sont à l’heure actuelle se profile un projet néo impérialiste collectif imaginant l’Europe occidentale dominant « son » Sud africain et arabe et « son » Est latino-américanisé pour son compte.

 

Ce projet peut encore inspirer les rêveries de nostalgiques du passé colonial. Est-il pour autant réaliste dans la conjoncture mondiale actuelle ?

 

Il ne l’est pas. La guerre du Golfe a démontré que les Etats Unis entendaient contrôler seuls (avec le soutien de leurs alliés inconditionnels israélien et turc) le Moyen Orient et son pétrole. L’Europe elle même n’a pas de vision politique mondiale commune. La Grande Bretagne a fait, depuis 1945, un choix qui paraît définitif, celui de s’aligner inconditionnellement sur le grand frère nord américain et de revivre par procuration, à travers lui, son passé impérialiste. L’Allemagne ayant renoncé au rêve fou d’hégémonie mondiale des nazis a choisi de revenir à la tradition de son expansion vers l’Est européen, de se contenter de la « latino-américanisation » de cet Est à son profit, et sur le reste de s’aligner sur les positions du projet hégémoniste des Etats Unis. La France ayant renoncé au principe gaulliste de refus de l’amalgame entre ses intérêts propres et ceux de Washington, se retrouve marginalisée.

 

Dans ces conditions ou ne peut que conclure qu’il n’existe pas à l’heure actuelle de projet de régionalisation euro-arabo-africain digne de ce nom.

 

Il ne manquera pas de lecteurs critiques pour qualifier les principes des propositions faites ici « d’irréalistes » et de ce fait en refuser la discussion qu’ils jugeront inutile. Leur « réalisme » consiste à croire que le bricolage au sein du système tel qu’il est et quoiqu’il soit est le seul choix possible qui permette de faire avancer ». L’histoire donne rarement raison à ce type de bricolage. Les politiciens « réalistes » de l’Afrique coloniale se comportaient de cette manière et refusaient de suivre l’avant garde minoritaire qui osait proclamer que l’indépendance était la seule perspective pour laquelle on pouvait s’engager dans la lutte. L’histoire a donné raison à cette avant garde. La politique politicienne est peut être l’art d’agir intelligemment dans le cadre de rapports de force donnés. La grande politique est l’art de modifier ces rapports de force.

 

Le rôle des intellectuels est d’oser penser, oser dire, oser proposer. C’est à cette condition que l’utopie créatrice permet de découvrir la seule perspective véritablement réaliste, c’est à dire celle qui, dès lors que le mouvement social en amorce la prise de conscience, peut rallier rapidement des forces sociales puissantes qui finissent par en imposer la logique. S’il y a une utopie au sens plat et négatif du terme, c’est bien celle des « réalistes » qui n’imaginent pas devoir et pouvoir sortir des logiques dominantes. Leurs interventions sont sans portée. Si les intellectuels renoncent à remplir leur fonction critique, ils deviennent des pantins, des parasites inutiles.

 

 

 

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