Pour la Cinquième Internationale (commentaire)

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Un Livre de Samir Amin : POUR LA CINQUIEME INTERNATIONALE

 

Je crois que Samir Amin a raison de soulever le problème de coordonner l’action des peuples à l’échelle internationale contre le capitalisme.

 

Ce mode de production, est arrivé à généraliser sur le plan mondial son exploitation féroce de la majorité des citoyens de tous les pays. L’Europe cherche d’ailleurs à se donner une constitution pour légaliser cette exploitation. Le pays capitaliste le plus puissant s’est aussi arrogé le droit d’intervenir militairement dans tous les pays possesseurs de matières premières en affirmant que ces pays constituaient une menace pour lui. Comme en Irak où il n’a trouvé aucune des preuves qu’il affirmait détenir.

 

Actuellement les organisations internationales, crées à une époque pour éviter les guerres s’inclinent devant les USA, d’autres organisations soi-disant pour la liberté du commerce s’inclinent aussi lorsque ce même pays viole les propres règles du marché par exemple en subventionnant son coton, au détriment du coton Africain.

Pendant que les profits des multinationales flambent, des centaines de millions d’êtres humains souffrent de la faim, de maladie, de manque d’instruction.

La majorité des habitants du globe a le droit de mieux vivre, pour cela elle a besoin de s’organiser. Samir Amin fait un certain nombre de propositions pour commencer à aller dans ce sens. Cela a le mérite d’aider à engager une vaste discussion à l’échelle mondiale. Samir Amin a d’ailleurs commencé lui-même à l’engager en examinant les enseignements positifs et négatifs qui pourraient être tirés de l’existence d’organisations internationales ayant existées.

Je crois que déjà beaucoup de monde peut approuver son idée qu’il faut absolument développer les rencontres à l’échelle internationale et tirer les leçons des expériences qui ont été faites. On verra après les appellations, qui pourront être données aux formes d’organisations qui en sortiront.

Déjà Samir Amin propose pour but à ces rencontres « la transformation radicale de l’ordre mondial capitaliste, dominé par les politiques néolibérales, les discours du consensus et l’emprise d’une fausse démocratie pluraliste »

Je crois que c’est une bonne direction. Oui il faut s’unir mondialement, avoir des contacts permanents, débattre et commencer a décider des actions communes, ne pas avoir une hiérarchie, dans la recherche de décision, tous sont a égalité. Sans doute aussi avoir une vue la plus objective possible de rapport de force avec le régime capitaliste qui se proclame le seul mode de production possible depuis la chute de l’URSS.

Ces derniers temps en Amérique latine d’autres pays que Cuba, engagent des expériences qui ne vont pas dans le sens capitaliste.

De même le développement de la puissance économique de la Chine avec son ouverture au marché n’est pas un basculement total en faveur du capitalisme, elle devient surtout un redoutable concurrent pour lui. Son alliance avec la Russie est maintenue comme le démontre les manœuvres militaires communes.

L’échec de la constitution européenne, l’effondrement dans les sondages de Tony Blair, principal allié des USA en Europe ne renforce pas l’autorité de ce camp.

Donc débattons fraternellement pour voir comment avancer. Sur les appellations de cette organisation future, je pense qu’il ne faut pas trop se presser pour parler de 5ème internationale, avant d’avoir bien défini ce que nous voulons.

De même, et c’est lié, il faut évidemment tirer les leçons de certaines erreurs de la 3ème internationale.

Mais il faut aussi ne pas seulement citer les erreurs lorsqu’on parle d’elle. Je serais plus nuancé sur la formule concernant le « devoir de protéger le camp des états socialistes avec des effets négatifs en relation avec l’évolution du système soviétique lui-même » Ce devoir avec des effets négatifs a tout de même essentiellement permis d’éviter une guerre qui a été envisagée dès 1946 dans le discours de Churchill à Fulton.

La formidable mobilisation populaire contre la bombe atomique qui a été obtenue par les partis de la 3ème internationale a joué un rôle essentiel pour l’éviter (14 millions de signatures en France).

C’est plus que la protection des états socialistes qui a été obtenue,

c’est la protection de tous les peuples du monde, ce qui ne peut être qualifié seulement d’effet négatif.

Il ne faut pas négliger, non plus son rôle pour que Bandoeng puisse être un succès dans le rassemblement des peuples.

Bandoeng vient un an après la victoire du Viêt-Nam communiste (donc qui fut membre de la 3ème internationale) sur le 2ème empire colonial du monde, soutenu jusqu’au bout par les USA qui lui fournissait 80% de son matériel militaire, et, qui avait même sérieusement envisagé d’utiliser la bombe atomique pour dégager Dien Bien Phu.

Cela eu un impact énorme pour tous les pays en lutte pour leur indépendance.

Je pense que si cette victoire n’avait pas eu lieu, à la fois l’impérialisme Américain se serait montré plus agressif vis-à-vis des peuples voulant leur indépendance, et ces pays se seraient montrés moins confiants dans la possibilité de l’obtenir. De plus l’année suivante en 1956 c’est l’union soviétique qui a bloqué l’intervention Franco - Anglaise contre l’Egypte qui venait de nationaliser le canal de Suez.

C’est donc avec le soutien très concret des communistes que s’est poursuivi le mouvement de libération des peuples.

Il faut mesurer à sa juste valeur l’importance de l’effondrement du système colonial dans un délai historique très court.

Libéré du colonialisme, les nations ont réussi à faire entendre leurs voix dans les instances internationales.

Les peuples de ces nations deviennent théoriquement propriétaires de leurs ressources nationales, mais doivent souvent s’opposer à leurs dirigeants qui bradent les richesses du pays en échange de profit personnel. (Malheureusement il y a trop d’exemples)

Ces peuples libérés sont donc objectivement confrontés à des problèmes de lutte de classe, mais cela n’est pas visible spontanément. Cela pose la nécessité de constituer des partis, ce qui évidemment n’est pas spontané. L’internationale communiste était faite pour aider à cette prise de conscience que l’exploitation coloniale peut être remplacée très facilement par l’exploitation des dirigeants locaux devenus actionnaires des multinationales.

Cette internationale a aidé à former des dirigeants locaux ayant le souci d’améliorer les conditions de vie des travailleurs, et l’URSS a aidé aussi ces pays à lutter contre les forces colonialistes qui voulaient se maintenir dans le pays. Des combattants Cubains sont venus aider l’Angola agressée par l’Afrique du Sud coloniale. Je crois donc qu’on ne peut pas faire le bilan de l’internationale communiste seulement dans un sens critique.

De même je crois qu’il y a une liaison trop rapide de faite entre les formules « dérives bureaucratiques fatales » et l’affirmation qui suit « le concept d’avant-garde est de ce fait rejeté comme éminemment dangereux » Bien sur qu’il faut rejeter les dérives bureaucratiques, mais pourquoi rejeter le concept d’avant-garde ?

Il faut expliquer alors, par quels procédés, des idées conformes aux intérêts de tous les peuples, peuvent progresser : spontanément, en même temps et dans tous les peuples, si au départ il n’y a pas une minorité, donc une avant-garde organisée, qui les diffuse dans le monde entier d’une manière persévérante tout en organisant les actions qui en découlent.

Personnellement je ne vois pas comment spontanément les peuples pourraient faire face au rôle des médiats modernes, mais je suis prêt à écouter des propositions.

Si le mot avant-garde parait trop militaire, changeons le mot, mais n’arrêtons pas l’action de militants pour l’instant minoritaire, donc en avant-garde, mais qui montrent pourtant le juste chemin à suivre pour un mode de production plus juste.

Pour terminer sur les partis de la 3ème internationale, je ne pense pas que Bush aurait pu (entre autre) envahir l’Irak si l’URSS existait encore.

Il me semble que nous sommes déjà d’accord que pour obtenir de meilleures conditions de vie pour la majorité de la population du monde, il faut absolument remplacer le régime capitaliste par un autre mode de production au service de cette majorité. Et il est évident, l’expérience le montre que la solution sociale démocrate, de vouloir « adoucir » l’exploitation capitaliste, n’a d’autre résultat concret que de la faire admettre éternellement.

Pourtant les partis sociaux démocrates continuent à se maintenir au pouvoir dans une joyeuse alternance avec les partis de droite. En France la direction du parti socialiste a même voté très majoritairement pour une constitution légalisant l’exploitation capitaliste.

Cela pose le problème d’une bataille idéologique mondiale sur le rôle très concret de la sociale démocratie pour maintenir le capitalisme.

Le vote non de 55% du peuple Français, le score encore plus grand du peuple Hollandais, montre qu’il est possible de gagner majoritairement l’électorat socialiste à un vote anticapitaliste clair. A condition de mener en permanence une bataille idéologique contre les idées de collaboration de classe.

Je dois dire que ce n’est pas toujours le cas de la direction du PCF qui a rejeté la notion d’avant-garde, et, parle sans arrêt d’union »de toute la gauche » sans tenir compte des leçons du passé.

A deux reprises, pendant ses participations à des gouvernements à direction socialiste, elle s’est alignée sur ses positions de collaboration de classe.

En 1983, lorsque le grand capital a décidé d’augmenter ses profits en faisant payer les travailleurs, le PCF a justifier la nécessité de la rigueur salariale au nom de la solidarité gouvernementale.

Entre 1997 et 2002 le gouvernement à direction socialiste a privatisé plus que le gouvernement précédent qui était de droite, les ministres communistes non seulement s’alignaient sur cette politique de renforcement du capital, mais ils parlèrent de cette domination du capital privé comme d’une « bouffée d’oxygène » pour nos entreprises nationales.

La sanction électorale fut sévère et le candidat du PCF n’obtient que 3,37%.

Cette conception d’alignement sur le PS, au nom de l’unité, risque encore de faire des ravages dans la bataille idéologique contre les menaces de guerre.

En, ce qui concerne les événements du Liban, si notre position a été très nette pour dénoncer la responsabilité de l’impérialisme Américain dans l’application de sa stratégie globale de domination du monde, nous avons été plus que modéré vis-à-vis du parti socialiste, qui s’est bien gardé de mettre en cause cette stratégie guerrière dominatrice. L’huma a informé que le « PS estime que la réaction du gouvernement Israélien est légitime au regard de l’agression » mais n’a pas souligné la différence fondamentale entre cette position du PS et une vraie politique de paix. Ce qui n’est pas un petit problème lorsqu’on parle en même temps d’unir toute la gauche et éventuellement de gouverner ensemble. Et ce n’est pas en se taisant sur les graves divergences que nous arriverons à renforcer l’action pour la paix.

Il y a donc une grande bataille idéologique à mener contre les menaces de guerre, chacun dans son pays et aussi ensemble sur le plan international. J’espère que notre réunion y contribuera.

HENRI MARTIN

Septembre 2006

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