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Programme FMA/FTM 2014/2015

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 PROGRAMME DU FMA/FTM POUR 2014/15

 

A PARTIR DU COLLOQUE D’ALGER (septembre 2013)

 

Ce colloque a donné lieu à de riches débats qui ont pivoté autour d’un axe central : la question du « projet souverain », entendu comme la nécessité pour les peuples et les Etats du monde contemporain de réorganiser leurs choix de politiques (économiques, sociales, culturelles, de gestion des pouvoirs etc) d’une manière qui leur permette de prendre des distances à l’égard de la mondialisation imposée unilatéralement par les monopoles des centres impérialistes de la triade historique et toujours dominante, de s’élever au rang d’acteurs actifs dans le façonnement du monde, d’amorcer des formes de développement nouvelles, justes et durables.

 

Le colloque a permis de faire un tour d’horizon des facettes multiples de ce défi d’ensemble que constitue la construction d’un « projet souverain » : la définition des moyens de politiques économiques mettant un terme aux processus de dépossession et de paupérisation propres aux logiques du capitalisme, garantissant en contre point un partage des bénéfices du développement favorable aux classes populaires ; la définition des moyens de l’exercice du pouvoir politique ouvrant la voie à la démocratisation réelle et progressive des sociétés ; la définition des moyens garantissant le respect de la souveraineté des peuples et des Etats, ouvrant la voie à une mondialisation polycentrique négociée et non imposée unilatéralement par les plus puissants à leur seul profit.

Les débats ont permis de constater que les « projets souverains » des pays du Sud dits « émergents », au-delà de la diversité de leurs formulations, de la réalité de leur mise en œuvre et de l’efficacité de leurs résultats, sont tous très en deçà des exigences d’un développement social qui sorte des sentiers tracés par la logique fondamentale du capitalisme, elle-même fondée sur des formes de développement des forces productives qui sont destructrices des êtres humains et de la nature.

L’ordre de présentation des 5 thèmes proposés dans ce qui suit n’implique aucune priorité.

THEME UN : Qu’entend-on par « projets souverains » ?

La notion même de «projet souverain» doit être soumise à discussion. Etant donné le niveau de pénétration des investissements transnationaux dans tous les domaines et dans tous les pays, on ne peut éviter la question : à quel type de souveraineté on fait référence ?

 

(i)Le conflit mondial pour l’accès aux ressources naturelles est l'un des plus déterminants de la dynamique du capitalisme contemporain. Il s’agit d’une question particulière dont l’examen ne doit pas être noyé dans d’autres considérations générales. La dépendance des Etats Unis pour de nombreuses de ces ressources et la demande croissante de la Chine constituent un défi pour l’Amérique du Sud, l’Afrique et le Moyen Orient, particulièrement bien dotés en ressources et façonnés par l’histoire de leur pillage. Peut-on développer des politiques nationales et régionales dans ces domaines qui amorcent une gestion planétaire rationnelle et équitable, dont tous les peuples seraient bénéficiaires ? Peut-on développer des rapports nouveaux entre la Chine et les pays du Sud concernés s’inscrivant dans cette perspective ? Associant l’accès de la Chine à ces ressources au soutien à l’industrialisation des pays concernés (ce que les prétendus « donateurs » de l’OCDE refusent) ?

(ii)Le cadre dedéploiement d’un projet souverain efficace ne se réduit pas aux champs de l’action internationale. Une politique nationale indépendante demeure fragile et vulnérable si elle ne bénéficie pas d’un soutien national et populaire réel, lequel exige qu’elle soit assise sur des politiques économiques et sociales permettant aux classes populaires d’être les bénéficiaires du « développement ». La stabilité sociale, condition du succès du projet souverain face aux politiques de dé-stabilisation des impérialistes, est à ce prix. On devra donc examiner la nature des rapports entre les différents projets souverains en place ou possibles et les bases sociales du système de pouvoir : projet national, démocratique et populaire, ou projet (illusoire ?) de capitalisme national ?

(iii)On tentera de dresser, dans ce cadre, le « bilan » des « projets souverains » mis en œuvre par les pays « émergents », entre autre on examinera :

Les caractères du projet de la Chine : leurs avenirs divers possibles. Capitalisme d’Etat fondé sur l’illusion d’un rôle dirigeant de la bourgeoisie nationale, ou capitalisme d’Etat à dimension sociale, évoluant vers un « socialisme d’Etat », lui-même étape sur la longue route au socialisme ?

Y a-t-il un projet souverain en œuvre en Inde et au Brésil ? Contradictions et limites.

Peut-on dire qu’il n’y a pas de projet souverain en Afrique du Sud ? Quelles sont les conditions pour qu’un projet souverain émerge dans ce pays ? Rapports avec l’Afrique ?

Les pays non continentaux peuvent-ils développer des projets souverains ? limites ? Quelles formes de rapprochements régionaux pourraient en faciliter les avancées ?

THEME DEUX : sortir de la mondialisation financière.

Attention : il s’agit de la seule facette financière de la mondialisation, non de la mondialisation dans toutes ses dimensions, notamment commerciales.

On part de l’hypothèse qu’il s’agit là du maillon faible du système néo libéral mondialisé en place. On examinera donc :

- la question du dollar monnaie universelle, son avenir compte tenu de l’endettement extérieur croissant des USA

- les questions relatives aux perspectives de « convertibilité totale » du yuan, du rouble et de la roupie(ref papier de Samir Amin sur le débat concernant le yuan)

-la question de la « sortie de la convertibilité » de certaines monnaies de pays émergents (Brésil, Afrique du Sud)

-les mesures que pourraient prendre dans le domaine de la gestion de leur monnaie nationale les pays fragiles (Afrique en particulier)

THEME TROIS  : Mettre en échec la géopolitique et la géostratégie mises en œuvre par les Etats Unis et leurs alliés de la triade.

Notre point de départ est le suivant : la poursuite de la domination mondiale des monopoles capitalistes des puissances impérialistes historiques (Etats Unis, Europe, Japon) est menacée par les conflits grandissants entre 1) les objectifs de la triade (maintenir sa domination) et 2) les aspirations des pays émergents et les révoltes des peuples victimes du « néo libéralisme ».

Dans ces conditions les Etats Unis et leurs alliés subalternes (associés dans « l’impérialisme collectif de la triade ») ont choisi la fuite en avant par le recours à la violence et aux interventions militaires :

a- déploiement et renforcement des bases militaires US (Africom et autres)

b- interventions militaires au Moyen Orient (Iraq, Syrie, demain Iran ?)

c- encerclement militaire de la Chine, provocations du Japon, questions des conflits Chine/Inde et Chine/Asie du Sud Est

Mais il semble que, tandis que la violence des interventions des puissances impérialistes reste inscrite à l’ordre du jour dans les faits, celles-ci répondent de plus en plus difficilement aux exigences d’une stratégie cohérente, condition de son succès éventuel. Les Etats Unis sont-ils aux abois ? Le déclin de cette puissance est-il passager ou décisif ? Les réponses de Washington, décidées au jour le jour semble-t-il, n’en demeurent pas moins dangereusement criminelles.

Quelles stratégies politiques (voire militaires) pourraient faire reculer le projet de contrôle militaire de la planète par les USA ?

THEME QUATRE  : le projet de civilisation, vers une seconde vague d’émergence des Etats, des nations et des peuples des périphéries.

La préparation de l’avenir, même lointain, commence aujourd’hui. Il est bon de savoir ce qu’on veut. Quel modèle de société ? Fondée sur quels principes : la compétition destructrice entre les individus ou l’affirmation des avantages de la solidarité ?; la liberté qui donne légitimité à l’inégalité ou la liberté associée à l’égalité ?; l’exploitation des ressources de la planète sans souci pour l’avenir ou la prise de la mesure exacte des exigences de la reproduction des conditions de vie de la planète ?

L’avenir doit être conçu comme la réalisation d’une étape supérieure de la civilisation humaine universelle, non comme un modèle simplement plus « juste », voire plus « efficace », de la civilisation que nous connaissons (la civilisation « moderne » du capitalisme).

Premier écueil pour l’organisation du débat : le risque de rester sur le terrain des vœux pieux, un remake des socialismes utopiques du 19 ième siècle. Pour l’éviter il faudrait s’assurer de la participation de personnes de grande compétence sur les sujets suivants :

-quelles sont aujourd’hui nos connaissances scientifiques en matière d’anthropologie et de sociologie qui remettent en question les « utopies » formulées dans le passé?

-quelles sont nos connaissances scientifiques nouvelles concernant les conditions de reproduction de la vie sur la planète ?

-peut-on intégrer ces connaissances dans une pensée marxiste ouverte ?

Second écueil : éviter d’aborder en même temps que ces problèmes ceux concernant les voies et moyens pour avancer dans cette direction.

Dans ce cadre général on donnera toute sa place aux projets d’émergence des Etats et des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. La première vague de des émergences, qui s’était déployée avec succès entre 1950 et 1980, s’est essouflée. La page tournée a permis aux puissances impérialistes de reprendre l’initiative et d’imposer le « diktat » (et non le prétendu « consensus ») de Washington. A son tour ce projet de mondialisation sauvage est en voie d’imploser, offrant aux peuples des périphéries la possibilité de s’engager dans une seconde vague de libération et de progrès. Quels peuvent être les objectifs de cette seconde vague ? Différentes visions politiques et culturelles (réactionnaires, illusoires, progressistes) s’affrontent ici, dont il faudra étudier les chances.

Nous nous inscrivons dans la perspective d’alternatives radicales ouvrant la voie au dépassement du capitalisme.

 

THEME CINQ : Organisation des luttes : unité et diversité des forces progressistes actives

On revient ici sur la question permanente et majeure concernant les partis politiques, les syndicats, les mouvements et les luttes, les leaderships, les avant-gardes etc

Ces questions permanentes de l’histoire des temps modernes  ont toujours inspiré des réponses théoriques et pratiques diverses, voire conflictuelles. Dans certains moments l’ambition d’unifier toutes les forces progressistes en action a occupé le devant de la scène, dans d’autres moments –comme le nôtre- la diversité a paralysé l’efficacité des luttes et laissé à l’adversaire l’avantage de l’initiative. Le moment actuel est caractérisé, selon moi (Samir Amin) par le déploiement de processus de « prolétarisation généralisée, segmentée et diversifiée à l’extrême », différents concrètement d’un pays à l’autre.

 

Je renvoie ici à mes développements concernant ces transformations et les stratégies audacieuses nécessaires pour faire face au défi.

 

MODALITES DE LA MISE EN ŒUVRE

Le projet de poursuite de nos débats, esquissé ci-dessus à partir de nos débats d’Alger, évite de « reproduire » un second « colloque d’Alger », pour proposer une série de rencontres permettant d’approfondir les analyses et les propositions d’action sur des questions précises. On retiendra pour le moment les cinq thèmes examinés plus haut, sans préjuger de suggestions que proposeront les collègues de nos réseaux.

Le format de ces rencontres doit être conçu pour permettre des avancées dans nos réflexions : nombre limité de participants (15 ?), choix exigent de personnes compétentes dans les domaines définis, préparation de la rencontre par la rédaction et circulation de documents introductifs travaillés.