LE FMA/FTM AU FSM Tunis mars 2015

 

Intervention de SAMIR AMIN

 

LA GEOSTRATEGIE DES ETATS UNIS EN PANNE 

 

EGYPTE 2015

 

« La Révolution n’a pas changé le régime, mais elle a changé le peuple »

 

(écrit sur les murs du Caire)

 

Depuis la première édition de mon livre « Le monde arabe dans la longue durée »  (septembre 2011) beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Caire, dont je me dois de rendre compte. Observateur et acteur sur la scène politique égyptienne, j’avais d’ailleurs estimé nécessaire de publier en arabe, au Caire, une mise à jour de mes premières analyses de la « révolution » en cours. L’ouvrage, sous le titre de « La révolution égyptienne après le 30 juin » est paru en septembre 2013, au lendemain du triomphe de Sissi. J’ai également publié une cinquantaine d’articles et d’interviews, principalement en arabe, accessoirement en français et en anglais, entre l’été 2011 et le printemps 2015.

 

Il est utile de rappeler, pour le lecteur francophone, les faits saillants dont cette histoire a été ponctuée, à partir du 25 janvier 2011 (15 millions de manifestants exigeant le départ de Mubarak ; les Frères Musulmans condamnent la manifestation)

 

28 janvier 2011 : évasion massive des prisons du Caire des Frères Musulmans et de détenus de droit commun, libérés par l’intervention de milices du Hamas (Les Frères Musulmans qui gouvernent Gaza), pénétrés illégalement en Egypte.

 

11 février 2011 : abdication de Moubarak en faveur du Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) présidé par le maréchal Tantaoui.

 

Mars 2011 : réforme de la Constitution élaborée par un groupe de juristes désignés par le CSFA, tous proches des Frères Musulmans, adoptée à la hâte par référendum.

 

Octobre/novembre 2011 : élections parlementaires remportées par les Frères (50% des voix exprimées) et les Salafistes (25%)

 

Avril 2012 : invalidation des élections parlementaires par la Cour Constitutionnelle, pour fraude massive.

 

Juin 2012 : élections présidentielles dont la date rapprochée avait été décidée par le maréchal Tantaoui, avec l’accord de l’ambassadrice des Etats Unis (Anne Patterson), et après la libération de Khayrat el Shater (dirigeant suprême de facto des Frères Musulmans). De 4 à 5 millions de voix vont à chacun des quatre candidats majeurs : deux Frères Musulmans dont Morsi, Hamdin Sabbahi (nassérien), le général Shafiq (ancien ministre de Moubarak). Au second tour Morsi l’aurait emporté sur Shafiq. C’est du moins ce que l’ambassade des Etats Unis s’est empressée de déclarer avant même que le Conseil Constitutionnel ne se soit prononcé.

 

Décembre 2012 et semaines suivantes : coups d’Etat à répétition de Morsi qui effectue des changements arbitraires dans la Constitution, institue un « Conseil Législatif » constitué presqu’intégralement de Frères Musulmans, désigne les membres d’une Commission (également tous Frères Musulmans) chargée d’élaborer un projet de « Constitution islamique ».

 

30 juin 2013 : manifestation monstre contre Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans (30 millions de participants).

 

3 juillet 2013 : Abdel Fattah el Sissi, qui a succédé à Tantaoui mis à la retraite par le CSFA, démet Morsi, dissout le Conseil législatif et annule le projet de Constitution islamique.

 

Décembre 2013 : les Frères Musulmans, interdits, sont déclarés organisation terroriste.

 

4 Janvier 2014 : second référendum constitutionnel ; la constitution est approuvée avec 98 % des voix exprimées.

 

Mai/Juin 2014 : élections présidentielles ; Sissi l’emporte avec plus de 95% des voix exprimés, contre son  rival Sabbahi.

 

Mars 2015 : grande conférence économique internationale organisée à Sharm el Sheikh ; objectif : obtenir des participations financières étrangères aux grands projets égyptiens ( doublement de la voie du Canal de Suez, exploitation du pétrole et du gaz).

 

Bien entendu je reviendrai dans ce texte sur ces farces électorales à répétition, sur le soutien sans défaillance apporté par les Etats Unis à leur allié préférentiel (les Frères Musulmans), sur les actes de gangstérisme fasciste pratiqués par Morsi et ses comparses au gouvernement pendant un an, facteur décisif de leur chute.

 

سمير أمين

 

موقف الثورات العربية من مفهوم العولمة البديلة

 

1

 

للرأى العام السائد فى الغرب نظرة مبتورة لما يوصف بالعولمة البديلة. وتظل اغلبية الحركات الاجتماعية التى تطرح هذا البديل ليحل محل نمط العولمة الليبرالية الفجة، تظل مقتتعة بان هذا المطلب ظهر حديثا، أكان بمناسبة مؤتمر سياتل Seatle ام عند اول اجتماع للمنتدى الاجتماعى العالمى فى بورتو اليجرى Porto Alegre عام 2001.

 

وتعتمد هذه القناعة على تصور العولمة بصفتها ظاهرة حديثة.

 

        لا أشارك هذه النظرة، بل ازعم ان الأغلبية الكبرى من شعوب الكوكب لم تتجاهل قدم ظاهرة العولمة، خاصة فى الجنوب. ألم تكن الكولونيالية التى عانت منها شعوب القارات الثلاث نمطا من العولمة؟ ألم تكن مشروعات التنمية التى طورتها دول الجنوب بعد الحرب العالمية الثانية هى الاخرى ظواهر انخرطت فى منظور للعولمة المطلوب اصلاحها؟

 

        لعل نمط العولمة قد اختلف من حقبة تاريخية الى اخرى، إلا ان الظاهرة فى حد ذاتها ليست جديدة. وبالتالى ليست المعارضة فى مواجهتها هى الاخرى ظاهرة جديدة. فلم ينتظر النضال من أجل عولمة  بديلة اجتماع سياتل لكى يكون فاعلا!

 

        ألم تكن الثورات التى وصفت نفسها بانها اشتراكية قد أعلنت طموحها فى بناء نظام عالمى جديد؟ فلم تدع هذه الثورات الى ثورة اجتماعية _ تجاوز حدود الرأسمالية_ فحسب، بل شملت ايضاً منظور اخر للعولمة، قائم على التحرر من تحكم الاستعمار. وقد افترض مفهوم التعايش السلمى ذلك الطرح فى عولمة قائمة على احترام تعددية النظم الوطنية.

 

       

 

FMA/FTM au FSM Tunis 2015

 

SAMIR AMIN

 

 

 

Discours d’ouverture

 

Présentation du programme des trois premières tables rondes

TABLE RONDE 1: Construire la solidarité politique entre les Etats, les nations et les peuples d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes

 

1°) L'Histoire des mouvements des non-alignés (MNA) a prouvé que la solidarité politique déployée par les pays du Sud a produit de bons résultats. La forme de colonisation dénoncée à Bandung a disparu, sauf en Palestine. Un effort est donc nécessaire pour reconstruire le front de solidarité avec le peuple palestinien.

 

 

 

2°) Les défis majeurs actuels sont le déploiement de la stratégie des États-Unis / OTAN / Japon qui vise à établir le contrôle militaire de la planète, les menaces militaires et interventions qui en découlent, et la fausse "légitimité" des interventions de la soi-disant «communauté internationale» en fait limitée aux puissances impérialistes. Au-delà de l'analyse des résultats désastreux de ces interventions qui aboutissent à la destruction de sociétés entières (Irak, Lybie, Syrie en sont les tristes exemples), il nous faudrait  évaluer les réponses (ou l'absence de réponse) que la communauté des États des trois continents ont données à ces défis majeurs. Vaincre cette stratégie de contrôle militaire de la planète est la condition de la réussite d'une alternative qui permettrait la réorganisation du système politique mondial tout en garantissant les droits des nations de choisir librement leur propre voie de développement et garantirait la coexistence pacifique entre eux. Un certain nombre de problèmes se rapporte à cette question centrale, tels que la lutte pour le démantèlement des bases militaires américaines, une évaluation de ce que l'on entend par "la lutte contre le terrorisme", le terrorisme d'Etat, etc.

 

 

 

3°) NAM, avec le G77 plus la Chine, avait fait adopter par l'ONU les chartes des droits des peuples ainsi que du droit au développement. Il faudrait faire des propositions qui renforceraient les voies et moyens de les mettre en œuvre.

 

 

 

4°) NAM, avec le G77 plus la Chine, devrait également envisager de déployer des efforts systématiques pour rétablir la légitimité de l'ONU en tant que représentant de la communauté internationale.

 

5°) NAM, G77 plus la Chine, CELAC (Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes) et l'Union africaine, devraient coordonner leurs efforts. Les propositions visant à institutionnaliser leur coopération (secrétariat commun? Groupes de travail?) sont les bienvenues.

 

6°) Les conflits entre les pays des trois continents relatifs à leurs frontières continentales et maritimes ne peuvent pas être ignorés. Nos débats devraient aussi se concentrer sur des propositions visant à créer des cadres institutionnels qui offriraient les voies et moyens d'éliminer ces conflits et d'éviter qu'ils soient manipulés par des puissances impérialistes qui veulent détruire notre solidarité.

 

 

 

WFA/TWF at WSF Tunis 2015

 

SAMIR AMIN

 

 

 

Opening speech

 

The proposals that follow do not cover all these issues of course, but only a selection of some among the major of them.

 

The issues discussed should consider relevant flash back to the era of Bandung and benefit from lessons of the past. Nonetheless the focus should be on the status of present challenges and possible responses contributing to moving ahead. Attention should be given to the positions expressed at recent conferences of NAM, Algiers may 2014 in particular. We provide in the following paragraphs some indication with respect to the issues considered. Issues are only mentioned without attempt to articulate them into an integrated programme of action. Such exercise would pre-empt the conclusions of the expected rich debates to come.

 

 

 

ROUND TABLE 1: Constructing the political solidarity between States, nations and peoples of Asia, Africa, Latin America and the Caribbean

 

1°) History of NAM has proved that the political solidarity deployed by countries of the South had produced results. The colonial legacies denounced at Bandung have been cleared, except for Palestine. An effort is therefore required to reconstruct the front of solidarity with the Palestinian people.

 

2°) The major challenge to day is represented by the deployment of the US/NATO/Japan strategy aiming at establishing their military control of the Planet, the military menaces and interventions conducted to that effect, and the false “legitimacy” given to these interventions by the so called “international community”, in fact restricted to the imperialist powers. Beyond the analysis of the disastrous results of these interventions, resulting into the destruction of whole societies (Iraq, Lybia, Syria are sad exemples of such results), a debate should be conducted to assess the responses (or lack of response) that the community of States of the three continents have given to that central challenge. Defeating that strategy of military control of the planet conditions the success of an alternative reorganisation of the political world system, guaranteeing the rights of nations to choose freely their own path of development and ensuring peaceful coexistence among them. A number of problems relate to that central question, such as the struggle for the dismantling of the US military bases, an assessment of what is meant by “the struggle against terrorism”, state terrorism etc.

 

3°) NAM, along with the G77 plus China, had initiated successfully the adoption by the UN of Charters formulating rights of peoples, as well as the right to development. Suggesting proposals aiming at reinforcing the ways and means to have those rights actually implemented is required.

 

4°) NAM, along with the G77 plus China should also consider deploying systematic efforts to re-establish the legitimacy of UN as representative of the international community.

 

5°) NAM, G77 plus China, CELAC (The Community of Latin American and Caribbean States) and the African Union, should coordinate their efforts. Proposals to institutionalise their cooperation (common secretariat? , task forces?) are welcome.

 

6°) Conflicts between countries of the three continents with respect to their continental and maritime boundaries cannot be ignored. Our debates should perhaps focus on proposals to create institutional frames offering ways and means to clear these conflicts and avoid their being manipulated by imperialist powers with a view to destroying the solidarity among us.

 

 

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