Quelles interrogations structurantes à la nouvelle

question agraire et les avenirs des agricultures et

des sociétés paysannes en Afrique de l’Ouest ?

Une lecture critique des travaux du Club du Sahel

  G  2

 

Abdourahmane NDIAYE ª

 

I.

La nouvelle question agraire : position du problème

 

Cette note se focalise sur les interrogations structurantes à la nouvelle question agraire et les avenirs des agricultures et des sociétés paysannes en Afrique de l’Ouest. Le Grand Atelier du Forum du Tiers Monde tenu à Dakar du 2 au 5 novembre 2004, a été consacré aux “ Avenirs des agricultures et des paysanneries en Afrique de l’Ouest ”. Ce choix se justifie par le fait que l’importance de la question agraire pour l’avenir des nations du monde hors de la Triade est en général sous estimée. Or le constat qui suit oblige à ne pas sous-estimer la nouvelle question agraire : “ l’agriculture capitaliste, représentée par une classe de nouveaux paysans riches, voire de latifundiaires modernisés, ou par des domaines exploités par les transnationales de l’agrobusiness, s’apprête à donner l’assaut à l’agriculture paysanne. Elle en a reçu le feu vert de l’OMC à Doha. Cependant, à l’heure actuelle le monde agricole et paysan rassemble encore la moitié de l’humanité. Mais sa production est partagée entre deux secteurs dont la nature économique et sociale est parfaitement distincte. L’agriculture capitaliste, commandée par le principe de la rentabilité du capital, localisée presque exclusivement en Amérique du Nord, en Europe, dans le cône sud de l’Amérique latine et en Australie, n’emploie guère que quelques dizaines de millions d’agriculteurs qui ne sont plus véritablement des “ paysans ”. Mais leur productivité, fonction de la motorisation (dont ils ont presque l’exclusivité à l’échelle mondiale) et de la superficie dont chacun dispose, évolue entre 10 000 et 20 000 quintaux d’équivalent céréales par travailleur et par an. Les agricultures paysannes rassemblent par contre près de la moitié de l’humanité – trois milliards d’êtres humains. Ces agricultures se partagent à leur tour entre celles qui ont bénéficié de la révolution verte (engrais, pesticides et semences sélectionnées), néanmoins fort peu motorisé, dont la production évolue entre 100 et 500 quintaux par travailleur et celles qui se situent avant cette révolution, dont la production évolue autour de 10 quintaux seulement par actif. L’écart entre la productivité de l’agriculture la mieux équipée et celle de l’agriculture paysanne pauvre, qui était de 10 à 1 avant 1940, est aujourd’hui de 2 000 à 1. Autrement dit les rythmes des progrès de la productivité dans l’agriculture ont largement dépassé ceux des autres activités, entraînant une réduction des prix réels de 5 à 1 [1].

Ali El KENZ. Mai 2008

« Le long des la frontière globale que la politique post-11-Septembre a produite entre le premier et le tiers-monde, une frontière récemment re-conceptualisée par la nouvelle carte du Pentagone, qui distingue le « décalé non intégrable » ( The Non-Integrating Gap) du « Centre fonctionnel » ( The Functioning Core), nous observons aujourd’hui une société de surproduction et de l’exès qui érige une barricade, à une échelle sans précédent, face aux zones de cicatrisation qu’elle a produites par son indifférence économique et politique.[1]

 

LA  NOUVELLE  QUESTION  AGRAIRE

QUELS AVENIRS POUR LES AGRICULTURES ET

LES PAYSANNERIES EN AFRIQUE DE L’OUEST  ?  

Du 02 au 05 Novembre 2004

FTM   DAKAR

 par Jacques Berthelot (Solidarité, This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.)

 

Introduction : rappel sur l'origine de la libéralisation des politiques agricoles

 

Jusqu'en 1995, avec l'entrée en vigueur de l'OMC et de son Accord sur l'agriculture (AsA), les politiques agricoles, et notamment la politique des prix et des marchés, restaient une affaire purement nationale, du moins dans les pays du Nord, puisque, sous la pression initiale des USA puis de l'Union européenne (UE), le GATT avait admis des exceptions importantes à ses règles pour l'agriculture, telles que le droit d'imposer des restrictions quantitatives à l'importation et même de subventionner les exportations. Mais le déficit commercial croissant des USA au début des années 1980, dû à la forte appréciation du dollar, les a poussés à se mettre d'accord avec l'UE pour lancer l'Uruguay Round (1986-93) afin de soumettre pleinement l'agriculture au GATT, ce que l'UE a accepté en contrepartie d'y soumettre aussi les services liés aux échanges, sur lesquels elle pourrait gagner plus qu'elle ne perdrait sur l'agriculture.

 

 

1.      La question de la dette constitue à elle seule un sujet trop ample pour être traité ici dans toutes ses dimensions. Nous nous contenterons donc que rappeler quelques unes des conclusions principales que nous avons tirées des débats organisés à Dakar par le Forum sur la Dette Africaine (11 au 17 Décembre 2000).

 

(i)                                                     Le discours dominant attribue la seule responsabilité de la dette aux pays emprunteurs dont les comportements auraient été injustifiables (corruption, facilité et irrationalité des décideurs politiques, nationalisme outrancier etc …). La réalité est toute autre. Une bonne partie des emprunts ont été en fait le résultat de politiques systématiques mises en œuvre par les prêteurs cherchant à placer un excédent de capitaux qui – du fait de la crise économique profonde des vingt dernières années – ne trouvaient pas de débouché dans l’investissement productif ni dans les pays riches ni dans ceux censés pouvoir recevoir leurs capitaux. Des débouchés alternatifs factices ont donc été fabriqués pour éviter la dévalorisation des capitaux excédentaires. L’explosion des mouvements de capitaux « spéculatifs » placés à très court terme résulte de ces politiques, comme leur placement dans la « dette » du tiers monde et des pays de l’Est. La Banque mondiale en particulier, mais tout également beaucoup des grandes banques privées des Etats Unis, d’Europe et du Japon, comme les transnationales ont une part de responsabilité majeure dont on ne parle jamais. La « corruption » s’est greffée sur ces politiques, avec la double complicité des prêteurs (Banque Mondiale, Banques privées, transnationales) et de responsables des Etats concernés du Sud et de l’Est. Un audit systématique des « dettes » s’impose en priorité. Il démontrerait qu’une grande partie des dettes en question sont juridiquement illégitimes.

 

Les responsables politiques de migrations internationales prétendent que la structure et le volume de l’immigration doivent être déterminés uniquement par les besoins économiques ; que le concept de base est celui de circulation migratoire, fondé sur l’idée que les migrants ne doivent pas avoir le droit à la résidence permanente et que l’obtention de la nationalité doit être soumise à des conditions drastiques. La similitude avec le système des Bantoustans sud africains sous le régime de l’Apartheid est frappante. En général les pays d’émigration justifient leur politique par la contribution des transferts des fonds des émigrés à la croissance à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté.

Joomla templates by a4joomla