Afrique subsaharienne : Etat des lieux, état des luttes

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Bernard FOUNOU

L’Afrique subsaharienne traverse une crise structurelle grave qui date de son intégration forcée dans la mondialisation dite mercantiliste. Crise grave parce que le sous continent n’a pas basculé dans la modernité ; parce qu’il n’a eu la liberté de prendre en mains son destin que depuis quatre décennies et que la mondialisation néolibérale bloque la formation de classes et d’Etats ayant la volonté et la capacité de conduire une transition réussie. Les peuples tentent de se réorganiser un peu comme pendant la colonisation, certains pour une alternative post libérale, d’autres pour une alternative post capitaliste. Mais les forces du néolibéralisme, STN et Etats de la triade, exercent une emprise idéologique et une capacité d’action technique, politique et financière, si puissantes que les formulations des alternatives s’affinent mais ne sont pas encore portées par des forces politiques et culturelles réellement transformatrices.  La première partie du texte examine les racines historiques de la crise. La deuxième fait la critique de  la solution néolibérale. La troisième est axée sur les pièges de la petite démocratie et la quatrième sur la société civile et les mouvements sociaux. Nous finissons par des propositions alternatives.

 

1. Origines de la crise de l’Etat

 

Au cours de la première phase de la mondialisation dite mercantiliste, l’Etat Ouest européen encore patrimonial se structura et acquit une autonomie relative par rapport à la féodalité en soutenant les entreprises industrielles, les grandes compagnies commerciales à stratégie mondialiste qui lui procuraient prestige, moyens financiers et armes pour entretenir des armées et mener des guerres qui forgeaient les consciences nationales. A cette époque, Machiavel introduisait la révolution de la pensée politique en évacuant Dieu et la morale. De ce fait il joua un rôle important dans la construction de l'Etat moderne, instrument essentiel de la formation des Etats-nations en Europe[1]. Pendant cette période qui dura jusqu'à la Révolution française, l’Etat national Ouest européen s’est approfondi mais comme il était impérialiste sa construction s’accompagnait d’une hostilité ouverte à l’imitation de son histoire par le reste du monde. Cette hostilité est allée parfois jusqu’au génocide. L’Etat-nation a pourtant été considéré par la suite comme la forme d’organisation politique supérieure à toutes les autres.

 

Si l’Europe mercantiliste a pu dépeupler l’Afrique dans le cadre de la valorisation triangulaire (et non pas du commerce), c'était principalement à cause des structures socio - politiques et culturelles africaines elles-mêmes. Certes le sous continent avait connu des empires prestigieux et des systèmes politiques sophistiqués, mais la communauté villageoise était l’entité politique la plus répandue. La culture était dominée par la croyance que certaines personnes pouvaient transformer le monde, à condition de s’initier à des pratiques magiques appropriées. L’islam, religion révélée, en expansion et capable de cristalliser une résistance d’origine culturelle n’était pas enraciné dans les régions côtières. De toutes manières, comme l’atteste le comportement du roi du Kongo, l’ignorance du fonctionnement du système mondial en formation était totale ; ce roi ne croyait-il pas que sa conversion au christianisme pouvait sauver son pouvoir et éviter l’émiettement et le dépeuplement de son royaume ? Pire, en raison d’une islamisation seulement partielle, les commerçants musulmans s’inséraient dans la logique du dépeuplement et donc de la déstabilisation de l’Afrique au profit des pays du Golfe arabo-persan et même de l’Afrique du Nord.

 

Pendant les siècles de traite intensive, des Etats se formèrent en rapport avec l’insertion dans la valorisation triangulaire. Il s’agissait essentiellement d’états côtiers capables, grâce aux fusils - armes de destruction massive à l’époque en comparaison des flèches et des machettes- de dévaster l’arrière pays pour en extraire la force de travail vendue sur le marché mondial dont le premier maillon se trouvait en Afrique. Mais la crise de l’économie de traite esclavagiste au début du XIXème siècle provoqua dans certaines régions côtières des concentrations d’esclaves qui se révoltèrent contre l’Etat en formation, et pour cause[2]. D’ailleurs les classes sociales exploiteuses fondées sur la valorisation triangulaire, ne pouvaient être que compradores. Aucune d’elles ne se donna les moyens intellectuels et matériels de se doter d’états modernes, sur le modèle européen. Il ne fut question dans aucun état africain d’imiter l’Europe en introduisant le texte écrit, pas seulement à des fins d’expansion religieuse, mais pour faire de la connaissance un instrument de développement économique et de l’affirmation de l’Etat. Faute de se transformer en Etat-nations, les ethnies se consolidèrent culturellement, sans presque jamais se donner des frontières politiques, sauf exceptions malheureusement de faibles dimensions démographiques.

 

La résistance des classes dirigeantes à l’insertion économique et politique subalterne ne prit de l’ampleur qu’entre la fin de la traite et la phase de la colonisation / pacification au 19e siècle sous la forme de résistance ou d’opposition à l’Islam et au christianisme. Mais les entités politiques furent généralement des empires fragiles.[3]

 

La colonisation consista pour l’essentiel à créer des territoires sous domination  et exploitation directe de puissances colonisatrices. A la différence de l’époque précédente, la colonisation étant un phénomène total, les sociétés africaines furent bouleversées. Economiquement elles durent produire massivement des biens dont l’Europe avait besoin pour la deuxième phase de  la révolution technique du capitalisme incarnée par l’électricité, l’automobile et l’avion, et la demande de nouveaux produits agricoles tropicaux (bois, café, cacao, bananes, coton…) et miniers (cuivre, fer, manganèse, or, diamant, aluminium). Trois modalités de rapports de travail prévalurent[4] : L’économie de traite incorporait le petit paysan dans le marché mondial des produits tropicaux en les mettant sous le contrôle d’oligopoles qui permettaient de réduire les rémunérations du travail paysan au minimum et de détruire les sols ; cette modalité était dominante en Afrique occidentale. L’économie de réserve de l’Afrique australe était organisée autour de l’extraction minière et fondée sur une main d’œuvre bon marché forcée d’émigrer des zones rurales traditionnelles, où l’autosubsistance était impossible. Dans l’économie de pillage, enfin, les compagnies concessionnaires obtenaient sans contre partie la production des paysans. Cette modalité prévalut dans le Bassin du Congo jusqu’aux années 1930.

 

Le défi que devait relever le mouvement de libération nationale ou d’indépendance nationale était donc immense : obtenir la souveraineté, construire des économies autocentrées, légitimer le pouvoir par le progrès social et le recours au suffrage universel. C’était un défi redoutable. En effet la cristallisation d’un projet sociétaire valable pour l’ensemble du continent était d’autant plus difficile qu’un fossé séparait les dirigeants qui revendiquaient surtout la reconnaissance de la culture nègre et son apport à la civilisation de l’universel[5], et les partisans  de l’indépendance politique comme préalable à l émancipation culturelle[6].

 

Au sortir de la colonisation, deux visions de l’avenir de l’Afrique avaient émergé mais aucune n’intégrait la démocratisation des sociétés.

 

Les dirigeants radicaux ou souverainistes et populistes avaient un projet sociétaire à trois composantes articulées les unes aux autres. La souveraineté venait en premier lieu ; elle devait être garantie aussitôt que possible par la construction d’Etats modernes au sens de bureaucraties webériennes, et par la puissance fondée sur l’étendue des ressources naturelles et humaines (une population de l’ordre de 50.000.000 habitants à l ’époque), d’où le rôle crucial de l’unité africaine dans l’expression de la souveraineté. La légitimation du pouvoir par le progrès social ancré sur la scolarisation de masse (il s'agissait d'atteindre 100% du taux d’alphabétisation en 1970), leur paraissait indispensable à une souveraineté durable. L’économie venait en troisième position ; dans la mesure où elle n’avait pas d’objectif propre, la révolution économique (industrialisation + autosuffisance alimentaire) et donc les bouleversements sociaux qui l’accompagnaient, se justifiaient par leur contribution à la réalisation de la souveraineté et au progrès social. Tandis que l’Union soviétique avait des sympathies pour ce projet, comme le montre une série de traités d’amitié,  les pays occidentaux et les candidats locaux à la bourgeoisie compradore d’affaires ou bureaucratique y étaient violemment opposés.

 

Parallèlement se développait la vision néocoloniale de la modernisation des Etats dans la balkanisation héritée de la colonisation et dans l’ancrage du pouvoir à l’occident. L’économie était considérée comme un secteur obéissant à ses propres lois internes ; ce qui justifiait la poursuite du modèle de développement colonial de dépendance technique, commerciale et financière qui bénéficiait de l’appui politique plus qu’économique des anciennes puissances coloniales et des Etats Unis. Des régimes de dictatures sanglantes étaient soutenus pour la seule raison qu’ils étaient anti-soviétiques.

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Les forces internes hostiles au projet souverainiste mais favorables au modèle néocolonial avaient une plus grande capacité d'exprimer leurs intérêts, tous liés à la spécialisation agricole ou minière, au commerce d’import export et à la fonction publique. Par contre, il arrivait qu’une fraction de l’armée, d’intellectuels et de syndicalistes soutenaient le premier modèle.

 

Aucun modèle ne fut réalisé tel quel. La question de la démocratie n’était pas débattue sérieusement D’ailleurs Nkrumah croyait possible un Etat démocratique incluant des royaumes et des chefferies hérités de l’Afrique pré-coloniale mais déjà re-conditionnés par le gouvernement indirect colonial[7]. D’autres dirigeants politiques universitaires comme Nyéréré insistèrent davantage sur la dimension sociale du nouvel Etat en soutenant la compatibilité entre la social-démocratie appliquée en Europe dans les rapports capital-travail et le communautarisme africain. Dans le modèle néocolonial le secteur public se développa autant que dans le modèle souverainiste. La surexploitation de la paysannerie prévalut dans les deux. Mais idéologiquement et donc culturellement la distinction persista jusqu’à la crise générale de l’endettement qui a marqué la fin officielle du modèle souverainiste. Le continent est depuis lors  dans le modèle dit néolibéral appliqué au quart monde. Il est clair que la recherche de la souveraineté et du progrès social qui caractérisait le modèle radical a disparu avec le néolibéralisme, et que le discours de l’unité africaine est toujours là, mais sert à cacher des politiques d'intégration économique en trompe l’œil.

 

Malgré la crise de la construction nationale étatique, l’Afrique post coloniale a connu en deux décennies des changements très importants dans les domaines de la construction d’infrastructures de transports, de l’urbanisation, de l’électrification, etc. Le taux de scolarisation passait de 10 - 15 % à 50% en moyenne ; il atteignait 100% dans quelques pays. Mais les taux de scolarisation jusqu’à 16 ans, tout en étant très supérieurs à ceux de la période coloniale restaient très loin derrière ceux de l’Asie de l’Est. L'enseignement supérieur recevait 2% de la tranche d'age pertinente (50% en Corée du sud), contre un pourcentage négligeable il est vrai à l'indépendance. Dans le domaine de la santé des progrès appréciables étaient faits, malgré la priorité donnée à la médecine curative moderne aux dépens de la prévention, et la négligence du monde rural. Mais ces réalisations étaient d’une fragilité extrême, en raison de la crise précoce des tentatives d’industrialisation, causée par une agriculture à très faible productivité par unité de travail et de surface. Dans un domaine aussi décisif que les céréales, le rapport du rendement à l’hectare en Afrique subsaharienne à celui de l’Union européenne est de 1 à 50 contre 1 à 2 en 1980. C’est une agriculture trop dépendante de l’extérieur et donc victime de la détérioration des termes de l’échange. La crise agricole traduisait la difficulté de faire développer en Afrique subsaharienne une agriculture paysanne[8] et expliquait la sous nutrition (moins de l’équivalent de 150 kg de céréales par personne par an) dont souffraient les paysans et les couches pauvres des villes. Plus fondamentalement, elle expliquait la crise des tentatives d’industrialisation par substitution à un niveau embryonnaire. En effet sans une baisse des prix agricoles doublée d’une augmentation du revenu agricole, une industrialisation significative est impossible dans un pays de moyenne dimension.

 

En 1980, l’Etat était fragile car non seulement il ne remplissait pas les fonctions ci-dessus désignées mais ses recettes étaient aléatoires. Il était sur endetté et la corruption avait atteint des niveaux incompatibles avec le défi lancé par le néo-libéralisme.

 

2. Critique de la solution néolibérale

1. Catéchisme néolibéral pour l’Afrique

L’idéologie néolibérale projette l’Afrique dans un futur idéal où l’Etat serait quantitativement moins important que l’Etat développementaliste, mais bien plus efficace et où les énergies individuelles seraient libérées grâce à l’économie de marché.

 

Dans le domaine économique, l’efficacité de l’Etat se mesurerait par la place que le pays tient dans la compétitivité systémique, c’est à dire dans une économie de marché complètement ouvert à la libre circulation des capitaux, des technologies, des produits et services - mais pas du travail - dans le cadre des règles édictées par l'Organisation Mondiale du Commerce, en fait par la triade. Le rôle de l’Etat se limiterait à trois fonctions : assurer la stabilité économique par une gestion macro-économique qui évite les déséquilibres d’origine interne (inflation) ou externe (déficit commercial, taux de change inapproprié) ; faire respecter les contrats en application du principe du moindre coût des transactions ; instaurer irréversiblement la propriété privée comme fondement de la société, au même titre que la famille, et les droits de l’homme. Le chômage et le développement du secteur informel ne sont pas considérés comme des facteurs de déséquilibre. Le volontarisme économique est banni.

 

Dans le domaine social, le néolibéralisme fait l’hypothèse que la grande pauvreté de masse va disparaître, qu'il ne restera que la pauvreté des individus inaptes à s’inscrire dans la compétitivité systémique, notamment pour des causes liées aux handicaps naturels primaires ou dérivés. Pour gérer cette forme de pauvreté, l'Etat mènera une politique d'aide sociale, qui ne crée pas de droit et peut s’arrêter à tout moment, en collaboration avec des associations charitables de la société civile, nationales et étrangères. L'Etat encouragera les personnes aptes au travail à souscrire des assurances individuelles contre les risques sociaux liés à la vieillesse, au chômage, aux maladies, etc.

 

Dans le domaine politique, l’efficacité de l’Etat se mesurera par sa capacité à garantir l’exercice des droits de l’Homme au centre desquels se trouvent la protection de la propriété privée, la liberté illimitée de choix individuels dans le cadre d’une économie capitaliste. L’Etat serait inefficace s’il décidait d’inclure les droits sociaux dans la définition des droits humains.


Dans le domaine géopolitique et géostratégique, le discours néolibéral est totalement silencieux ; Et pourtant nous savons que les armées du G7 sont actives pour créer l’ordre économique néolibéral de l’OMC[9].


 Bien entendu l’Afrique n’évolue pas vers le néolibéralisme ainsi décrit. Mais ceux qui ont édicté ces règles n’y croyaient pas eux-mêmes ; ils sont conscients que l’ajustement structurel est conçu pour gérer la crise de la dette. Aucune intention n’est accordée aux crises politiques que la diminution de la capacité financière et administrative de l’Etat entraîne puisqu’elles n’affectent pas le fonctionnement du système global depuis l’effondrement de l’URSS.

 

2. L’instrumentalisation de la crise de la dette

La gestion de la crise de la dette a été le levier essentiel pour obliger les couches dirigeantes africaines à accepter les politiques de mondialisation économique néolibérales qui leur ont été imposées par le G7, sous les formules de Consensus de Washington, Programmes d’ajustement structurel, etc. Elle a joué un rôle premier plan contre les tentatives de construction d’Etats modernes et par conséquent dans l’informalisation de la vie politique.

 

C’est la crise mexicaine de 1982 qui a légitimé en fait l’application des PAS à l’échelle du tiers monde. Elle a été une composante de la stratégie des USA pour consolider leur hégémonie sur les sociétés du sud, d’une part en freinant l’industrialisation des pays émergents, et d’autre part en les détachant du quart monde en formation. Le projet de surendettement a été une réponse aux tentatives du tiers monde d’affronter solidairement les centres en exploitant les possibilités offertes par le système de l’ONU. Tentatives concrétisées par la création de la CNUCED en 1964, l’adoption en 1974 de la Déclaration sur le Nouvel Ordre Economique International, et l’acceptation par le G7 de discuter les conclusions de la Commission Brandt préconisant un keynésianisme mondialisé. En fait depuis la Conférence de la CNUCED de 1976 à Nairobi, il était clair que pour le G7 la Déclaration de l’ONU devait rester un catalogue de vœux pieux. A Cancun le G7 décida que la dette du tiers monde devait être traitée cas par cas[10]. De ce fait chaque pays de l’Afrique subsaharienne devait affronter seul les créanciers organisés eux, en Club des puissants qui allaient dicter leurs conditions à leurs alliés locaux de plus en plus compradorisés.

 

Le montant de la dette extérieure entre 1980 et 1996 a été multiplié par trois, passant  de $84,3 à $235 milliards bien que l’Afrique ait déboursé $170 millions. Chaque année pour le service de la dette l’Afrique subsaharienne a transféré l’équivalent de quatre fois les budgets sociaux. Malgré ces transferts colossaux les arriérés de paiements ne cessent de contribuer au stock de cette dette.

 

Le système est entretenu par toute une série de techniques.

 

- L’absence de la distinction entre dette odieuse, dette douteuse et dette légitime : Or manifestement la dette du régime de l’apartheid fut odieuse, et celle des éléphants blancs douteuse.

 

- La conceptualisation approximative des problèmes économiques africains : L’indicateur de la part de l’Afrique dans le commerce mondial et les flux des capitaux conduit à mettre l’accent sur la marginalisation, alors que le ratio du commerce au PIB permet de mettre en évidence l’intégration plus forte de ces pays que celle de la triade, et le caractère structurel de la crise économique africaine. Le premier ratio suggère que la crise de la dette peut être surmontée par la priorité à l’exportation, alors que le second incite à chercher des solutions plus équilibrées. Pour la gestion de la crise de la dette du tiers monde le FMI et la Banque Mondiale considèrent que « l’endettement extérieur d’un pays est viable si l’on peut s’attendre à ce qu’il s’acquitte intégralement de ses obligations actuelles et futures sans devoir recourir à de nouvelles mesures de remises de dettes ou de rééchelonnement de dettes ; ni à l’accumulation d’arriérés ; et sans que cela compromette trop la croissance[11] » En fait cette définition est suffisamment vague pour laisser une grande marge aux décisions arbitraires des créanciers, notamment dans le choix des indicateurs et des seuils  Ainsi le Sommet du G7 de Cologne décida d’abaisser le ratio de la dette sur les exportations de 250 à 150% ; et celui des exportations sur le PIB de 30 à 15%.

 

- L’absence de scénario crédible : La fixation des seuils  pour un pays ne résulte généralement pas d’une analyse des principaux facteurs économiques qui affectent la croissance. Stiglitz[12] témoigne de l’intérieur de la  Banque Mondiale, qu’en général les décisions sont prises au Siège, avant que les experts n’aillent sur le terrain. Ainsi pour le Mozambique, une chute des prix des produits d’exportations a suffi pour remettre en cause les acquis du rééchelonnement précédent. On a fait la même observation en Ouganda [13].

 

- La mise sous tutelle des Etats débiteurs : Les créanciers ont confié la gestion au FMI et à la Banque Mondiale : ces institutions ont la charge d’élaborer les cadres conceptuels, de préparer les décisions du G7 et d’en assurer le contrôle de l’exécution par les débiteurs. Il arrive que certains débiteurs tirent avantage des contradictions secondaires entre créanciers, par exemple la France et les Etats Unis, mais l’hégémonie américaine prime en dernier ressort.

 

- La délégitimation des pouvoirs locaux : En général les médias locaux sont mobilisés pour publier les bonnes intentions des créanciers  Il s’agit à notre avis de convaincre l’opinion que le pays est largement soutenu par le système financier international et que seul son gouvernement est responsable de la persistance de la crise. Il s’agit de créer l’impression qu’une utilisation efficiente des fonds d’origine extérieure permet de résoudre le problème de développement. En fait il y a une surestimation de l’aide reçue, du montant de l’annulation de la dette, ou de son rééchelonnement.

 

- La dispersion des efforts : Cette technique consiste à divertir l’administration des tâches essentielles en produisant périodiquement des pseudo concepts et approches qui sont autant de prétextes à des séminaires de formation ; ainsi on est passé de la facilité à l’ajustement structurel (FAS), à la facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC), en passant par la facilité pour l’ajustement structurel renforcé (FASR), etc. Chaque facilité donne lieu à des documents plus ou moins techniques à assimiler par les fonctionnaires

 

- La technique de la division des débiteurs : Les pays africains sont maintenant divisés en catégories de pays à dette soutenable, et de pays pauvres, très endettés (PPTE) auxquels sont réservés les traitements de faveur. Mais il y a des pays de la catégorie des PMA qui sont en fait exclus des avantages des PPTE pour des raisons géopolitiques : c’est le cas du Soudan. On a vu aussi que les pays comme le Sénégal et le Cameroun négociaient âprement pour entrer dans le groupe des PPTE.

 

- Technique du flou statistique : Pendant deux décennies une seule question centrale a accaparé les énergies des Etats : comment confectionner des dossiers à présenter à la Banque Mondiale et au FMI pour obtenir un allègement du service de la dette par rééchelonnement, ou aux gouvernements créanciers pour une annulation partielle[14].  Il s’agissait de convaincre les créanciers que les réformes et les politiques macro économiques envisagées étaient de nature à induire une croissance et un excédent commercial suffisants pour assurer le service de la dette et donc rester connecté aux flux financiers mondiaux. Des fonctionnaires des agences de la coopération bilatérale et multilatérale savaient fermer les yeux sur des projections peu réalistes pour sauver leur emploi ; mais le plus souvent les intérêts  géopolitiques ou géo-économiques des grandes puissances jouaient un rôle déterminant dans l’issue des négociations. La Banque Mondiale et le FMI devaient être souples avec les amis des Etats Unis et la coopération française avec les pays francophones.

 

- La préférence du discours idéologique sur les faits : Après une quinzaine d’années de discours sur l’indispensable rôle de l’Etat dans l’économie, les recettes fiscales des deux champions du néolibéralisme, la Grande Bretagne et les Etats Unis, étaient respectivement passées entre 1980 et 1995 de 33,6 à 37,5% et de 18 à 19% du PIB. Pendant ce temps celles d’un pays comme le Cameroun dont le PNB par habitant représentaient le quarantième de celui des USA, chutaient de 15 à 9,5% (Banque Mondiale, RDM 1997)

3. Impact catastrophique sur la question nationale

La perception de la question nationale en Afrique a été très influencée par la constitution des identités nationales françaises et anglaises qui forment des Etats nationaux particulièrement homogènes au plan de la culture et de la centralisation des pouvoirs politiques Quel contraste avec l’Afrique, terre du pluralisme culturel et de la décentralisation par excellence.  En fait la communauté villageoise et l’appartenance ethnique continuent de jouer des rôles majeurs dans le façonnement de l’imaginaire de populations même urbanisées. Ce que la première génération de nationalistes n’avait pas prévu. Mal gérée cette diversité peut provoquer des tensions et des conflits autonomes par rapport à la mondialisation, comme le soutient Nzongola[15] qui fournit par ailleurs l’essentiel de l’information sur laquelle nous nous appuyons. Il classe les conflits pouvant aller jusqu’à la lutte armée suivant leurs causes principales. Mais sans doute les conflits les plus dangereux ont pour enjeux l’accès aux ressources foncières, au pouvoir central ou à l’autodétermination. Aujourd’hui la question porte sur les responsabilités de la mondialisation néolibérale, sur les capacités de l’Etat central à mettre en pratique la devise de l’unité dans la diversité. 

 

 Sans résoudre les problèmes, les pouvoirs post coloniaux de la première phase avaient souvent amorcé les constructions nationales. Cela apparaît dans la distribution géographique des activités et des infrastructures scolaires, sanitaires et  de communication. Il est vrai que l’efficacité des investissements laissait souvent à désirer et que l’emprunt facile des capitaux des années 1970 avait permis le développement de la corruption à grande échelle dans le cadre de la contraction des dettes douteuses. Avec l’ajustement structurel les priorités changent. Les critères d’investissement de la période coloniale sont redevenus dominants et le souci des équilibres régionaux et sociaux a cédé à l’impératif de produire des devises pour assurer le service de la dette. Comme les moyens sont de plus en plus réduits, ils sont affectés en priorité à la sécurité du pouvoir et du capital international, notamment dans les zones de production et d’évacuation du pétrole. Les luttes pour le partage des ressources qui diminuent, détournent les pouvoirs des questions qui menacent la construction nationale. La somalisation rampante est une menace réelle.. 

 

Dans les guerres de ressources comme les nomme Nzongola, « Abandons de souveraineté et mondialisation libérale – permettant aux capitaux de circuler sans contrôle d'un bout à l'autre de la planète – ont favorisé l'explosion d'un marché de la finance hors la loi, moteur de l'expansion capitaliste, et lubrifié par les profits de la grande criminalité.  Partenaires associés sur l'archipel planétaire du blanchiment de l'argent sale, gouvernements, mafias, compagnies bancaires et sociétés transnationales prospèrent sur les crises et se livrent au pillage du bien commun en toute impunité[16]. » La logique de pillage, qui caractérise les relations entre l'économie mondiale et l'Afrique depuis le XVIe siècle, ne peut que se renforcer au fur et à mesure que l'effondrement de l'Etat et de son autorité devient monnaie courante dans les zones d'exploitation minière sous contrôle des mouvements d'opposition armés.  Les chefs de ces mouvements entrent en partenariat avec les marchands de drogues et des armes, les banques off shore et les transnationales minières pour promouvoir des intérêts économiques et stratégiques auxquels des Etats étrangers, y compris les grandes puissances, participent. Le marché libre des armes légères est devenu florissant depuis la désintégration du camp socialiste. L'obsession du pouvoir et la quête des richesses matérielles est telle que les seigneurs de la guerre préfèrent détruire et diviser leur propre pays que de partager le pouvoir avec le frère ennemi.

 

Prenons quelques exemples de la désintégration des Etats autour du Golfe de Guinée et du Bassin du Congo, où l'interaction entre la mondialisation économique et la fragmentation politique prend une allure inquiétante. Les deux éléments des conflits n'ont pas partout la même importance.  Suite au génocide rwandais et à ses répercussions dans la région des Grands Lacs, le Congo-Kinshasa est depuis 1996 entré dans cette zone de turbulences.  L'effondrement de l'Etat et de l'armée sous le poids de la corruption du régime Mobutu ont attisé les visées expansionnistes du Rwanda et de l'Ouganda ainsi que les appétits des forces lointaines, pour lesquelles la balkanisation de ce vaste pays offrirait des meilleures garanties pour leurs intérêts[17]. Compte tenu du mécontentement des populations, et du grand nombre de jeunes déclassés, sans possibilité de poursuivre les études secondaires et sans emploi, les seigneurs de la guerre n'ont aucune difficulté à mobiliser une armée de jeunes gens, y compris des garçons de moins de 12 ans. 

 

.Selon Ngonzola, en RDC plusieurs groupes armés s'opposent au gouvernement central. Seul celui de Jean-Pierre Bemba a une base vraiment locale dans la province de l'Equateur, sa région d'origine. Les autres ne jouissent pas d'un enracinement comparable. Tributaires du Rwanda et de l'Ouganda, les deux fractions du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) n'ont aucune autonomie et aucune envergure sur le plan politique.  C'est dire qu'il serait exagéré de parler de guerre civile à l'est du Congo, tant il est clair que les rebelles du RCD sont de simples marionnettes. En Angola, l'étonnante longévité du maquis de Jonas Savimbi en Angola démontre à suffisance que la pérennisation de ce type de conflit dépend de l'enracinement du seigneur de la guerre dans un fief régional. Mais l’opposant a pu aussi s'appuyer sur le contrôle habile des mines de diamants et sur ses relations intimes avec la criminalité financière internationale.  En six ans, au courant des années 90, l'Unita a tiré de la vente des diamants[18]   la somme colossale de 3,7 milliards de dollars.

 

Au Libéria et en Sierra Leone, la lutte pour le pouvoir oppose des groupes dont les dirigeants n'ont pour objectifs que l'enrichissement privé par l'oppression de leurs peuples et la surexploitation des ressources naturelles, et d'abord du diamant. L'un des seigneurs de guerre du Libéria, Charles Taylor, ayant gagné la guerre avec l'appui décisif de son homologue sierra leonais, Foday Sonko, a pensé sans doute qu'il avait besoin de lui au pouvoir pour consolider son emprise. Les atrocités et la cynique exploitation de la misère dans ces guerres ont été largement médiatisées par des organes d'information qui présentent l'Afrique comme un continent où la diversité ethnique cause naturellement violences et conflits armés. 

 

Toutes ces guerres manifestent les limites du projet de construction nationale tel qu'il avait été conçu par les mouvements de libération. La démocratisation des sociétés ne faisait pas partie du projet. Le défi en fait est de bâtir des Etats capables d'orchestrer la résistance au couple mondialisation / fragmentation, grâce au développement durable[19] et équitable dans la démocratie.

 

3. Les pièges de la petite démocratie

 

L’Afrique coloniale était loin d’être démocratique et l’Afrique post coloniale ne l'est pas non plus, quelle que soit l’acception de ce qualificatif. Des peuples africains se sont soulevés pour exiger la fin des régimes monopartistes bien avant que le G7 ne commence à mettre la bonne gouvernance  dans le panier de la conditionnalité dans le cadre de la gestion de la crise de la dette. En très peu de temps l’Afrique a semblé basculer dans l’ère de la démocratie néolibérale[20].

 

Contrairement à une opinion fort répandue, surtout en occident, l’initiation d’un débat africain sur la démocratie, et donc sur l’économie développementaliste, a précédé l’effondrement de l’URSS et même la perestroïka, et le Forum du Tiers Monde a été pionnier dans ce domaine par la publication en 1986 des travaux d’un groupe de travail formé en 1983[21]. A cette occasion fut forgé le concept de démocratie de basse intensité[22] Il désigne un régime politique généralement de la périphérie, qui respecte pour l’essentiel les droits civils et civiques de la personne, sans cependant devenir le moteur de transformations sociales et économiques nécessaires à sa durabilité. Il s’agit en effet de régimes à base sociale formée de classes moyennes organisées sur le modèle clientéliste, qui tirent l’essentiel de leurs revenus de leurs rapports avec l’Etat. La structure du pouvoir est très hiérarchique ; le chef du gouvernement est chef de l’Etat ; il dispose d’une marge de décisions arbitraires importante dans l’affectation des ressources budgétaires, précisément parce qu’il n’y a pas de véritable séparation des pouvoirs[23].

 

Dans nos débats nous nous sommes demandés si les conditions d’aller au-delà de la petite démocratie étaient réunies ; en d’autres termes si les nouveaux régimes pouvaient être très différents des anciens par leur base sociale et par leur utilisation des fonds publics.

1. Affectation clientéliste des ressources publiques

Sous le multipartisme l’utilisation des ressources budgétaires dans le cadre clientéliste continue comme sous le régime monopartiste. En principe la Constitution garantit la séparation des finances privées et publiques, mais dans la réalité les dépenses publiques alimentent les caisses du parti et enrichissent la haute administration et la bourgeoisie privée compradore, cliente ou fournisseur de l’Etat mais toujours membre du parti. Les entreprises transnationales et même des Etats étrangers financent le parti au pouvoir. Les partis d’opposition qui étaient absents ou clandestins sous le régime monopartiste peuvent maintenant s’inscrire dans cette logique de la corruption.

 

L’introduction du régime multipartiste arrive au moment où l’idéologie du marché dominant à l’échelle du monde dévalorise le débat politique. Il n’y a plus d’alternative et la nécessité d’avoir des partis politiques véritables, comme par exemple en Europe occidentale après la deuxième guerre mondiale, disparaît au profit du modèle américain[24]. On sait que dans ce modèle les partis politiques ne sont que des clubs électoraux, que la politique confirme la richesse, et que par conséquent le grand capital définit l’agenda des deux partis en compétition. Cette conception de la démocratie exclut des prérogatives de l'Etat l'universalisation de la protection contre les risques sociaux. Elle s'en tient au libéralisme du XIXème siècle.

 

En Afrique la situation est évidemment différente jusqu’à la caricature.  La majorité des politiciens n’ont pas encore accumulé de fortune. Il paraît logique que la lutte pour l’accès au pouvoir puisse se confondre avec la lutte pour l’accession aux ressources fiscales surtout dans des contextes marqués par les grandes inégalités sociales et où la classe moyenne aspire à un niveau de consommation déconnecté de la base économique nationale. Le chef de l’Etat peut alors utiliser ses ressources pour coopter l’opposition et instaurer un monopartisme de fait. Ainsi au Gabon le MORENA (Parti du Redressement National), parti à idéologie nationale et sociale,  fondé en 1964 par Oyono Aba’a, un homme de conviction morale, opéra dans la clandestinité jusqu’à l’avènement du multipartisme. Dès lors pour gagner les élections, le parti au pouvoir non seulement encouragea l’atomisation de l’opposition (70 partis en très peu de temps), mais il décida de distribuer en dehors de toute base constitutionnelle la somme de 1750 millions CFA, à raison de 25 millions par parti. Ainsi la Conférence nationale que l’opposition voulait souveraine devint un simple forum ; le parti au pouvoir depuis trente ans au moins et son Secrétaire Général gagnèrent les élections présidentielles. La désaffection à l’égard des partis et la déception des partisans de changements véritables, se manifestèrent par l’hémorragie que l’on enregistra au sein de tous les partis d’opposition, le Morena compris.  Le financement plus ou moins indirect du parti et de la coalition au pouvoir par les STN, la Banque Mondiale, le FMI et la coopération bilatérale continue[25].  Aussi caricatural que paraisse le cas gabonais il traduit l’essence de l’utilisation des fonds publics sous les régimes multipartistes. Pendant ce temps la paupérisation de la majorité de la population se poursuit sans ce pays où la rente minière et pétrolière par habitant est parmi les plus élevées du monde

 

 Les régimes multipartistes sont donc vulnérables et instables ; il suffit d’une crise structurelle des recettes fiscales et d’une diminution de l’apport extérieur pour que le système bascule dans une crise politique majeure.

 

La mondialisation économique produit des contraintes nouvelles. Elle réduit la capacité de l’Etat de se procurer les ressources en lui imposant d’isoler l’économique du politique pour participer à la création du marché autorégulateur à l’échelle globale. Quatre techniques sont mises en oeuvre. La première consiste en l’instauration d’un droit des affaires le plus indépendant  possible du pouvoir politique, en vertu des principes de la minimisation des coûts des transactions et de l’incitation à la concurrence. La deuxième consiste à assurer la neutralité du budget par l’obligation faite à l’Etat d’équilibrer son budget tout en diminuant la pression fiscale et les charges sociales. La troisième à fixer comme seul objectif à la Banque Centrale d’assurer la stabilité des prix ; et le mandat de la Banque Centrale Européenne a obéi à ce principe de manière très stricte[26]. La quatrième technique consiste à adopter ou à imposer des traités et des accords internationaux qui limitent légalement la souveraineté des Etats. La construction de l’Organisation Mondiale du Commerce est la pièce angulaire de cette technique aujourd’hui. Le régionalisme européen applique systématiquement cette technique dans les relations intra communautaires et avec l’extérieur.

 

Il est évident que si les Africains ne participent pas activement aux grands choix des orientations économiques, si les gouvernements ne peuvent utiliser aucun instrument qui a permis aux pays capitalistes de devenir ce qu’ils sont, la stagnation économique et la paupérisation s’accentueront. Au mieux, des pays dotés d’une bourgeoisie administrative cohérente et d’une rente substantielle d’origine géopolitique ou minière pourront essayer pendant quelques temps la démocratie libérale, mise au service d’un groupe dirigeant recompradorisé.

 

Au total, tout discours qui laisse entendre que des partis politiques libéraux sont entrain de s’enraciner dans les systèmes politiques africains est mensonger.

 

2. La classe moyenne et le mouvement social

 Les mouvements sociaux pour la démocratie de basse intensité peuvent obtenir des succès plus ou moins durables, mais toujours limités ; beaucoup plus limités que dans les démocraties des pays industriels. A cela deux raisons liées aux caractéristiques et à l’évolution des classes moyennes.

 

21. La classe moyenne n’est pas une classe en expansion en Afrique subsaharienne, car elle est déterminée pour l’essentiel par l’étendue du secteur public et de l’évolution des dépenses budgétaires. Dans les pays où la crise se la croissance économique se double de la crise des finances publiques, cette classe peut diminuer non seulement relativement, mais de manière absolue. La fraction qui est dans l’opposition politique voit alors sa capacité de diriger une coalition antigouvernementale diminuer si elle est atteinte de paupérisation. La crise de la classe moyenne et sa mobilisation extraordinaire au Nigeria dans les années 1980 s’expliquent pour l’essentiel par l’impact brutal de la chute des revenus pétroliers sur sa situation matérielle. Selon les calculs de la Banque Mondiale, le PNB par habitant, exprimé en dollars américains a chuté de façon dramatique : $760 en 1985, 370 en 1987, 280 en 1988 et 230 en 1989. Les deux fractions de la petite bourgeoisie purent alors jouer sur l’ethnisme, le confessionnalisme ou le régionalisme, l’une pour conserver le pouvoir, l’autre pour le conquérir. C’est pourquoi à partir de la seule analyse critique de l’action de l’Etat fédéral, Ch. Uroh préconise comme solution à la crise de la démocratisation, la remise en cause du Projet Nigeria par l’introduction du droit à l’autodétermination des groupes. «  Au point où en est le pays, la seule solution viable est une constitution qui garantirait le droit d’autodétermination aux différents groupes qui composent le Nigeria. Ce qui veut dire le réexamen du concept du droit, qui est actuellement libertaire et donc individualiste et atomisant en vue de mettre l’accent sur le collectif plutôt que sur les droits individuels : les droits politiques ou d’autodétermination, les droits économiques ou droits du contrôle des ressources par les citoyens au lieu de production (au sens géographique), les droits culturels. » Sur cette liste ne figurent pas les droits humains ni les droits sociaux, preuve qu’Uroh ne s’est pas nettement distancé de la fraction de la classe moyenne qui s’oppose au système en place, mais sans projet sociétaire alternatif, fût-il réformiste.

 

C’est dans ce contexte qu’éclatent les guerres civiles post coloniales et les nouveaux coups d’Etat, ceux de l’ère dite de  la transition démocratique. C’est ce qui est arrivé en Sierra Leone et au Libéria et qui a entraîné des guerres atroces. Bien sûr il y a des conflits internes qui ne s’expliquent pas principalement par le comportement de la classe moyenne dans la crise du développement. C’est le cas par exemple du Rwanda et du Burundi. Ici, les causes des conflits armés qui déchirent ces deux pays sont le legs de la colonisation. Avant la colonisation l’opposition entre Hutu et Tutsi était de classes ou de castes, plus ou moins renforcée par des éléments morphologiques (mais n’est-ce pas dans tous les pays que les classes dirigeantes sont plus belles dans l’imaginaire et souvent dans la réalité que les classes inférieures ?). Le drame de ces deux pays est que les colonisateurs allemands puis belges, et l’impérialisme collectif post colonial ont présenté les deux groupes comme des nations différentes alors que les deux royaumes font partie du petit groupe de formations sociales africaines qui répondaient à la définition européenne de l’Etat national (même culture, même Etat, même destin historique).

 

22. La fraction de la classe moyenne qui est dans l’opposition politique assure nécessairement la direction des coalitions formées d’associations d’étudiants, de travailleurs, de membres des professions libérales, etc. Elle peut parfois mobiliser le secteur informel et l’ensemble des laissés pour compte de la mondialisation, paysans compris (cf. l’Opération villes mortes au Cameroun). Cette fraction n’a pas de projet, même pas celui d’instaurer réellement et encore moins de consolider la petite démocratie. Au centre de son ambition se trouve la détention non pas du pouvoir économique puisqu’elle se pliera aux injonctions du G7, mais du pouvoir politique exercé par les cabinets ministériels, les parlementaires, les magistrats de hauts rangs, les officiers supérieurs et les directeurs des grands services publics. Détention qui procure pouvoir et richesses.  Au Nigeria rien n’a sans doute autant mis en question la légitimité et la continuité du Projet Nigeria que les questions Qui reçoit quoi de l’Etat ? ; Qui doit  contrôler les ressources ? [27]. Uroh donne des précisions sur la répartition en pourcentage des dépenses fédérales, couvertes pour l’essentiel par les revenus tirés du pétrole : l’Etat fédéral 48,5%, les 36 Etats locaux 20%, les Etats producteurs du pétrole 13%. Le potentiel de redistribution par l’Etat est très important puisqu’il est par la Constitution le propriétaire de toutes les ressources du sous-sol. L’auteur critique la centralisation de la propriété et des revenus par l’Etat central. Il propose que les ressources du sous-sol soient contrôlées par les communautés, car elles sont plus sensibles à la conservation de l’environnement et à la reproduction des ressources.

 

Si la course au partage des ressources devient le principal enjeu du pouvoir, les coalitions ne peuvent qu’éclater en cas de victoires ou d’échec de l’alternance (Sopi en wolof). En effet, irrémédiablement les revendications des couches populaires, des salariés modestes, des paysans, des chômeurs et de l’ensemble des laissés pour compte portent sur la  démocratisation parce que le pouvoir a divisé l'opposition.. On peut citer des cas de révoltes ayant abouti à des échecs à cause de la capacité de la fraction détentrice du pouvoir de diviser l’opposition. En RDC (ex Zaïre), et au Togo, ces compromissions firent échouer les Conférences nationales au début des années 1990, dans la mesure où elles n’aboutirent pas au renversement du régime en place, mais seulement à sa transformation de monopartiste en régime multipartiste. Au Niger la coalition dirigée par la classe moyenne éclata après la Conférence nationale.

 

4 Société civile et mouvements sociaux

1. La société civile

11. La définition de la société civile dominante en Afrique subsaharienne inclut seulement les associations à buts non politiques et non religieux, les associations religieuses étant exclues précisément parce qu'elles poursuivent des objectifs idéologiques. La société civile est placée en opposition à l’Etat et donc exclut les formes d’expression et d’organisation à travers lesquelles les classes populaires luttent pour la transformation en leur faveur des rapports de force sociaux, en qualifiant sommairement ces luttes de politiques et en dévaluant systématiquement la portée et le sens de cette qualification. Cette définition réduit finalement la société civile en question à un ensemble d’associations fatalement impuissantes du fait même qu’elles renoncent à transformer le monde pour simplement s’ajuster aux exigences de la reproduction du système dominant. En effet les forces du capital dominant n’acceptent cette société civile que dans la mesure où les conditions de son intervention la laissent impuissante, donc manipulable[28].

 

 12. Dans ce cadre les acteurs principaux seraient précisément les organisations non gouvernementales que l’on peut regrouper selon leurs domaines d’activité. Le premier qui absorbe environ deux tiers des moyens de la vie associative,  se consacre aux activités qui relèvent de l’Etat dans une démocratie à tendance sociale (éducation, santé, services sociaux) ; un certain nombre d’activités de ce groupe relèvent davantage de l’assistance pour ne pas dire de la charité. C’est que les programmes de ces associations sont souvent conçus, ne serait-ce que pour attirer l’attention des donateurs étrangers, dans les termes définis par les modes concernant la lutte contre la pauvreté. Le  second groupe concerne les ONG associées à des projets de développement spécifique ; elles représentent environ 15% des associations enregistrées dans les pays ACP. Le troisième groupe concerne les organisations engagées dans la défense des droits, qu’il s’agisse des droits de l’être humain en général, des droits des travailleurs plus particulièrement ou des droits et revendications des femmes. On trouve dans cette catégorie quelques centres d’études, de réflexion et de débats importants dans une conjoncture de misère intellectuelle dominante et de restriction des libertés et des moyens des universités. Les activités de cette catégorie d’ONG qui oriente ses activités sur l’analyse du système néolibéral et de ses impasses dans le quart monde dispose de peu de moyens, précisément pour cette raison. C’est donc sur les deux premiers groupes qui absorbent 85 % des ressources que nous allons concentrer notre attention par la suite. L’activité de ces ONG peut freiner le développement de l’auto organisation des paysanneries (par exemple) et des acteurs subalternes du secteur informel urbain, soit de 90% de la population. Le discours sur l’action à la base (grassroots) reste largement rhétorique. On ne doit pas s’étonner que les encadrés se comportent en clients, et que les dirigeants aient des attitudes népotistes. Potentiellement donc la révolte est toujours possible.

 

La dépendance à l’égard de l’extérieur d’un grand nombre de ces organisations de la vie civile est un fait. Il ne s’agit pas exclusivement, ni même principalement d’une dépendance financière, bien que celle ci ne soit pas négligeable. Il s’agit avant tout de l’alignement sur les stratégies préconisées par les grandes institutions extérieures et qui sont exprimées à travers des moyens multiples et puissants déployés dans la mondialisation libérale : Séries de conférences mondiales et sommets - dans les domaines aussi divers que le développement social, l’environnement, les droits de l’homme, ceux de la femme, de la population, le racisme etc. – qui servent de caisses de résonance pour des thèmes idéologiques et des formulations de politiques (policies) préparées ailleurs, dans le centre de réflexion du capital dominant.  Solutions présentées comme des potions  magiques (lutte contre la pauvreté, libéralisation de l’Etat, dérégulation des marchés), mais sans efficacité réelle contre les problèmes auxquels elles sont censées s’attaquer. Il faut cependant remarquer que cette force extérieure n’opère que grâce à ses relais intérieurs, et donc grâce à l’Etat puisqu’il s’est aligné sur la mondialisation libérale.


Les ONG ne sont en général pas des modèles de gestion compétente et transparente. De ce fait elles partagent plus d’un point commun avec les gouvernements ; d'où leur soumission au principe de l’autorisation préalable, en vigueur dans les pays africains, qui facilite les tracasseries de l’administration (et parfois de la police par des moyens brutaux)[29]. Ces tracasseries peuvent aller jusqu’à rendre pratiquement impossible toute activité qui ne s’inscrit pas dans la ligne des options de l’Etat. Dans les pays où le pouvoir paraît fort et stable le compromis domine la scène, la plupart des ONG sont en fait ce qu’on qualifie en anglais des Government sponsored NGOs !

 

13. La dépolitisation est une préoccupation constante du gouvernement local et de l’Etat donateur étranger. Ils se méfient des ONG dont l’activité principale est de mettre en évidence les impasses du système néolibéral, et qui aident  la paysannerie et le secteur informel à s’auto organiser ou à faire partie de larges alliances qui incorporent les syndicats des salariés.  Une des techniques de neutralisation de ces ONG est de les priver des moyens de fonctionner ou de créer des ONG aux activités réelles, mais assez riches et assez près des pouvoirs internes et externes pour ne pas les critiquer. Une autre technique  est d’instrumentaliser la diversité ethnique et confessionnelle pour empêcher des coalitions horizontales. Certains pouvoirs favorisent les fondamentalismes religieux et ethniques.

 

En fin de compte l’épanouissement de la société civile bute sur l’approfondissement de la fracture sociale et la croissance de la pauvreté –humaine et monétaire- de plus de 50% de la population, terreaux naturels pour le développement de la délinquance structurelle qui nourrit la violence et les révoltes. La solution du problème exige de reconnaître que la démocratisation est indissociable du progrès social. Une protection sociale croissante fondée sur l'égalité des droits d'accès à l'éducation, la santé et aux allocations de chômage, exige, en contradiction avec la soumission aux logiques paupérisantes de la mondialisation actuelle,  la réhabilitation de l'Etat et la formation d'associations paysannes et urbaine puissantes alliées à des partis politiques de gauche. Si la logique du profit et du marché continue de dominer, le multipartisme et le droit d'association conduiront non pas au progrès des sociétés mais malheureusement à l'extension progressive et durable du chaos dans certaines régions du sous continent.[30]

2. Le problème des organisations paysannes

Depuis la période coloniale les paysans africains sont à la fois opprimés et surexploités ; l’oppression expliquant la surexploitation. Ils résistent tout en s’ajustant de phases en phases à la mondialisation économique et aux changements des régimes politiques. Dans les pays capitalistes industriels, la rébellion a fini par être calmée, entre autres par l'efficacité de l'aliénation marchande. Celle-ci n’est réellement dépolitisante que si condition qu’elle s’accompagne de l’auto organisation et d’un progrès matériel périodique significatif. Or, en Afrique subsaharienne, l’ajustement structurel n’est accompagné ni par l’un ni par l’autre. Il ne donne pas la terre aux paysans sans terres ou aux minifundiaires ; il n’entraîne pas l’amélioration des termes de l’échange interne des produits agricoles ; le crédit à l’agriculture familiale pour une amélioration de la productivité du travail ne se développe guère. Le fondement de l’agriculture multifonctionnelle à laquelle la paysannerie s’est accrochée s’est érodé. En même temps la libéralisation politique n’est pas suffisamment réelle pour permettre le développement de mouvements paysans réellement autonomes et capables de ce fait de peser sur les politiques des prix, du crédit, de la répartition des revenus et de la forme d’exploitation agricole qui tiennent compte de la pluri fonctionnalité de l’agriculture[31].

 

Après la première phase de l’ajustement structurel, l’inefficacité de la technique de l’aliénation marchande en milieu paysan entraîne nécessairement le retour de la main visible de l’Etat et des agences de coopération internationales. Dans les pays où la liberté d’association et la liberté d’expression sont respectées comme c’est de plus en plus le cas, la stratégie principale consiste à coopter les directions des mouvements ou à créer des organisations sans réelle base paysanne. Elles sont alors déconnectées des problèmes fondamentaux de l’agriculture et de la paysannerie pour participer à des séminaires sur la réalisation de politiques agricoles dont elles ne maîtrisent pas les enjeux. Elles participent ainsi à la neutralisation des organisations paysannes revendicatives : « Celles qui veulent coller aux préoccupations de la base sont marginalisées à travers une approche sélective[32]. Par exemple au Burkina Faso, le programme d’appui à la filière cotonnière exclut les organisations paysannes qui veulent créer avec la société civile une vraie structure de discussion[33] ».

 

Dans ces conditions il faut s’attendre au développement de la violence et des révoltes qui peuvent prendre des formes imprévisibles.

3. Mouvements de femmes.

La mise en évidence du fait que les inégalités entre sexes sont des rapports sociaux construits et non des exigences biologiques est largement postérieure à la deuxième guerre mondiale à l’échelle de la planète. En Afrique la réflexion et l’action dans ce domaine datent de la première décennie de la femme des Nations Unies (1975-85). La question principale porte depuis sur la manière d'assurer l’égalité. L’approche par la modernisation qui postule que le développement économique et social y conduit n’est plus acceptée théoriquement. C’est l’approche genre, inscrite dans la théorie de la mondialisation capitaliste qui s’impose aujourd’hui. Elle permet de comprendre que l’inégalité homme - femme à l’instar de l’inégalité Nord Sud, n’est pas simplement une question de retard en termes d’accès aux ressources, à l’éducation ; mais aussi une question de domination et de rapport de pouvoir[34]. Selon Kinsey ce n’est pas tant l’existence de l’oppression sexuelle des femmes qui est visée que son ampleur, d’où le caractère éminemment politique du féminisme. En Afrique les activités des mouvements de femmes n’obéissent pas à cette thèse.. Les organisations féminines sont de natures diverses selon qu’elles viennent des élites intellectuelles, du milieu rural ou du milieu populaire urbain. Les associations créées par les élites féminines ont pris de l’ampleur au milieu des années 1970 selon quatre perspectives.

 

La perspective féministe met l’accent sur la mobilisation des femmes pour conquérir les mêmes droits que les hommes dans tous les domaines. C’est au Sénégal qu’elle a eu le plus d’influence à travers Yewwu Yewwi  (expression wolof signifiant Pour la libération de la Femme). Ce mouvement a en effet un discours de combat, mais il n’arrive pas à prendre son autonomie vis à vis des partis de gauche Il  a joué un rôle important dans la prise de conscience  du problème du genre au Sénégal[35] et en Afrique de l’Ouest.  Il a fait reconnaître et adopter le 8 mars comme la Journée de la femme. Yewwu Yewwi a réussi à faire barrage au mouvement fondamentaliste qui voulait remettre en question le Code de la famille.

 

La perspective professionnelle : Si les mouvements féministes sont rares, les associations des femmes d’affaires ont pris un grand essor à l’occasion de la Conférence de Beijing en 1994. De véritables réseaux fonctionnent actuellement surtout en Afrique occidentale et centrale. Ils sont parfois transcontinentaux, les appartenances familiales, religieuses ou nationales jouant des rôles clefs. Les comportements de ces femmes qui inscrivent leur action totalement dans le néolibéralisme qu’elles ignorent ne sont cependant pas dominés par les valeurs de compétitivité. Au contraire elles tissent souvent des liens de solidarité avec les associations de femmes productrices, notamment en milieu rural.

 

Dans la plupart des sociétés d'Afrique noire les obstacles à l’égalité des sexes ne relèvent pas d'une position doctrinale comme dans l'interprétation du Coran qui exige l’application de la Charia par exemple, mais du système politique et économique. Selon nous cette situation s'explique deux facteurs principaux : (i) En milieu urbain les femmes n'ont jamais été confinées aux tâches exclusivement domestiques ; (ii) la diversité ethnique facilite l'instauration d'Etats laïcs et des droits humains tels que formulés par la Charte des Nations Unies.

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La perspective sociale peut être illustrée par l’activité des Amicales des Juristes des pays francophones qui, formées au milieu des années 70, se sont montrées critiques envers les orientations des premières associations féminines qui fonctionnaient comme des clubs. Celle du Sénégal a participé largement à la prise de conscience des droits positifs de la femme au Sénégal. Par les émissions radiodiffusées, elle a vulgarisé le code de la famille, le code du travail, les textes régissant les agents de la fonction publique, les textes sur l’imposition tout en y retenant la discrimination à l’égard des femmes ; elle a proposé au gouvernement des amendements à ces textes afin de rétablir l’égalité. C’est dans cette même perspective que se situe le WILDAF qui a pris l’initiative de proposer des amendements à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples [36]dans laquelle la dimension genre ne figure pas.

 

La perspective de la lutte pour le partage du pouvoir politique : Les femmes africaines sont de plus en plus actives dans la lutte pour l’accès au pouvoir dans un contexte où l’homme contrôle entièrement la structure qui en détermine l’issue. « Dans la plupart de nos Etats, les ministres femmes chargées des questions de femmes ne sont rien d’autre que des dames de compagnie des épouses des chefs d’Etat. Ainsi les associations sénégalaises qui étaient au nombre de 185 en 1996 dans la Fédération Féminine Sénégalaise, n’ont jamais interrogé ni même remis en question les politiques élaborées pour les femmes ; elles ont inséré leurs actions dans le cadre des politiques et structures existantes. Elles sont idéologiquement très proches du pouvoir et lui servent de porte-parole auprès des masses féminines. Pour changer cet ordre de chose, il faut adapter l’organisation parlementaire et partisane à la fonction parentale et assurer un meilleur partage du pouvoir domestique[37] », écrit Nguema. Sans doute,  mais il faut remarquer que la lutte pour le pouvoir dans ce cadre n'est intéressante pour les femmes des couches populaires victimes de la crise que si sa finalité est d'éliminer la pauvreté et d'étendre la participation démocratique à toute la société. Pour être efficace la lutte pour l'égalité des sexes doit être donc anti-néolibérale et, selon Fatou Sarr, dirigée par les femmes.

4. Mouvements des étudiants et universitaires

41. L’institution universitaire est jeune en Afrique subsaharienne. Pour l’essentiel elle est postérieure à l’indépendance. Ce sont donc à partir des universités métropolitaines que les associations d’étudiants purent exercer une influence significative sur l’articulation du discours indépendantiste radical. Mieux quelques diplômés comme Nkrumah, Cabral ou Osendé Afana, devinrent les dirigeants du courant souverainiste social. La majorité des dirigeants de ce courant n’étaient pas des universitaires, mais des scolarisés ou des autodidactes capables de devenir des intellectuels organiques selon les principes de Gramsci. La formulation des revendications catégorielles était en général située dans un cadre de projet sociétaire[38]. Cette tendance a continué pendant la première décennie des indépendances alors que les universités s’implantaient en Afrique et que le nombre d’étudiants et d’enseignants augmentait rapidement. Les mouvements étaient anti-néocolonialistes Il est vrai qu’à l’époque l’assistance technique étrangère était encore très nombreuse ; la sympathie pour la lutte du peuple vietnamien se manifestait pratiquement sur tous les campus. Ce contexte explique une forte participation de certaines universités africaines au grand mouvement estudiantin mondial de la fin des années 60.

 

Dans quelques pays dont le Nigeria, l’opposition d’universitaires au projet néolibéral a été très forte pendant la crise des recettes pétrolières[39].Mais dans l’ensemble les universités africaines sont devenues des lieux de revendications plutôt corporatistes. On prétend souvent que le niveau de formation, la qualité et le volume des recherches ont baissé ; que l’informalisation du système s’installe, etc. Il est vrai que le matériel pédagogique fait cruellement défaut et que des étudiants brillants et des chercheurs émigrent définitivement ou temporairement vers les Etats Unis et l'Europe.

 

 42. L’université peut-elle surmonter sa crise en dehors d’une alternative en terme de projet sociétaire ? Les évaluations faites dans le cadre de l’analyse micro économiciste néoclassique ont permis de répondre par l’affirmative. Elles fondent les politiques de privatisation de l’enseignement supérieur qu’on veut rendre payant, sur le modèle américain présenté comme le meilleur de tous On prétend que les universitaires africains en sciences sociales devraient faire la preuve qu’ils maîtrisent le post modernisme et qu’ils ne peuvent prétendre être les interprètes des aspirations collectives. Ils devraient accepter que l’atomisation des sociétés soit un progrès et un processus naturel, même si les effets sont néfastes.

 

Adhérer au post modernisme et donc défendre le néolibéralisme n’est pas acceptable en Afrique. L’apport des sciences humaines et sociales est essentiel à la formulation d’une alternative progressiste à la crise africaine. Cet apport sera d’autant plus décisif que les associations d’étudiants, de chercheurs et enseignants créeront un forum pour débattre entre elles et avec les mouvements sociaux, les partis politiques, et même des segments de l’Etat porteurs d’espoir, des changements dont les universités et les pays ont besoin.

5. Le mouvement syndical

En Afrique subsaharienne, le mouvement syndical en tant qu'organisation de défense des intérêts des travailleurs salariés dépendants de l'Etat ou du secteur privé est pour l'essentiel postérieur à la deuxième guerre mondiale. Il fut influencé par les conceptions social- démocrates alors dominantes en Angleterre et en France, d'où objectifs et méthodes d'organisation étaient importés[40]. Dans ces pays le syndicalisme poursuivait deux objectifs : renforcer la position des travailleurs dans les négociations avec le patronat sur les salaires et les conditions de travail  ; éliminer les risques de paupérisation en cas d'accident du travail, de maladie, de chômage ou de vieillesse. Par contre les syndicats africains n'ont jamais pu atteindre ces objectifs, même avant la mondialisation néolibérale. Il importe de s'interroger sur les facteurs déterminants de cet échec avant de faire quelques propositions

 

51. Facteurs de l'échec.

 

La base sociale  du mouvement syndical a toujours été très étroite. En effet elle ne représente que 10% de la population active et ne concerne que les travailleurs salariés qui jouissent d'un salaire stable  et d'une protection sociale fût-elle insuffisante. En raison de la crise précoce des tentatives d'industrialisation post coloniales la classe ouvrière proprement dite n'a jamais constitué une masse critique nécessaire pour jouer un rôle majeur dans les syndicats et n'a pas acquis une conscience de classe[41] Ce syndicalisme n'intègre pas les salariés du secteur informel ; ce qui fait problème dans les pays où, selon les données disponibles le pourcentage de l'emploi hors agriculture dépasse en général 50%[42].

 

Les rapports que les syndicats ont avec les pouvoirs successifs n'ont pas favorisé leur concentration sur  la défense des intérêts de l'ensemble des travailleurs. Sous la colonisation la principale revendication portait sur l'égalité dans la hiérarchie du pouvoir (un colonisé ne pouvait jamais être le supérieur d'un colon) et les salaires (à compétence et à niveau de responsabilités comparables le colon avait un salaire supérieur à celui d'un colonisé)[43]. La satisfaction de cette revendication passait nécessairement par la lutte pour l'indépendance. Ce qui explique  qu'un nombre important de leaders de mouvements de libération nationale aient dirigé d'abord des syndicats.

 

A l'indépendance,  le mouvement syndical a été domestiqué. Selon les situations, chaque Etat a eu son syndicat officiel[44]. Liées au pouvoir les directions freinaient les revendications de la base. Au  Sénégal où le système a pris une forme parfaite entre 1970 et 2000, la Confédération Nationale des Travailleurs Sénégalais (CNTS) a fonctionné comme une section du Parti socialiste (PS) qui avait ses quotas de ministres et de parlementaires. C'était la formule du syndicalisme de participation responsable dont l'ancien ministre Magatte Lô revendique la paternité [45].

 

Avec la mondialisation néolibérale économique et politique, la  gestion de la crise de la dette a entraîné  comme on le sait une politique antisociale et antisyndicale ouverte au cours des années 1980. Parallèlement des ONG – bien qu'aucune n'existe en milieu ouvrier stricto sensu – ont été chargées de démobiliser les travailleurs La déréglementation du marché du travail, l'abandon de facto ou de jure du SMIG, les licenciements massifs par l'administration et par le privé, ont creusé le divorce entre la base et les directions. Malgré tout des grèves sauvages ont éclaté.

 

52.Conditions  du développement syndical :

 

Le vent de la démocratisation politique et l'instauration du pluralisme syndical permettent d'ouvrir des débats sérieux sur le développement du syndicalisme en Afrique. Nous nous contentons ici d'énoncer quelques thèmes qui pourraient être abordés.

 

-Le rôle du syndicat dans la discussion sur la transformation des droits sociaux en droits de l'Homme au même titre que les droits civiques et civils[46] :  L'Etat doit-il s'engager à assurer la sécurité et la prévoyance à tous les membres de la société, tout en donnant la priorité aux droits à l'éducation, à l'emploi et à la santé, facteurs essentiels de la lutte contre les inégalités sociales et la paupérisation[47] ?

 

-L'élargissement de la base sociale des syndicats : Pour être efficace le syndicalisme africain ne devrait-il pas se fonder sur un concept de prolétariat assez large pour englober tous les travailleurs qui sont considérés comme pauvres parce que leur développement humain au sens défini par le PNUD est limité; ou qui sont susceptibles de retomber dans la pauvreté ? En fait ils sont pour l'essentiel dans le secteur dit informel.

 

-Les rapports  entre les syndicats et l'Etat : Le syndicalisme africain a été inspiré par le modèle européen dans ses variantes française et britannique, où la concertation sociale arbitrée par l'Etat et les manifestations revendicatives l'emportent.. Il diffère beaucoup du modèle américain qui se caractérise par une grande méfiance à l'égard de l'Etat - sauf dans les relations internationales - et par une conception de la société civile dans laquelle les associations font du lobbying. Le modèle américain semble gagner du terrain. En quoi consisterait un modèle Etat / syndicat adapté aux conditions africaines ?

 

-La transparence de la gestion financière et la démocratie interne. . A cet égard le Code éthique que vient d'adopter les ONG membres du CONGAD[48](Conseil des ONG et d'aide au développement du Sénégal) peut servir de point de départ. 

 

-Le syndicat doit être présent dans la réflexion sur la mondialisation et en particulier sur les enjeux de la clause sociale de l'OMC même si le BIT est l'institution de référence.

 

 

4. Alternatives : L’Afrique est à la croisée des chemins.

 

 La domination néolibérale fondée sur le capitalisme techno-scientifique et impérialiste sert les puissants et structure l’exclusion des peuples africains des bénéfices du développement économique global. Elle renforce une informalisation de l’Etat qui peut conduire par palier ou brutalement à la déliquescence de l’Etat, ce qui enlève aux peuples l’instrument essentiel des transformations sociales et économiques positives. L’inversion de ces tendances néfastes ne sera vraiment acquise que le jour où le socialisme post soviétique intégrant beaucoup d’éléments positifs de la social-démocratie de l’Europe continentale et du Japon, sera devenu dominant à l’échelle du globe. Utopique ? Peut-être. Mais nous avons besoin d’utopie. Nous avons besoin de désirer un système social où la liberté et la raison coexisteront avec l’inégalité minimale ; où la compétition entre individus, communautés et nations ne sera pas la valeur suprême. L’humaniste a besoin de mouvements puissants qui luttent pour la liberté, l’égalité et la fraternité, car la logique du capital en roue libre nous conduirait vers des sociétés dans lesquelles le concept de l’être humain aurait perdu son sens.

 

Au cours des luttes des conjonctions s’opèreront entre analystes et mouvements engagés dans l’action. Sans doute faut-il privilégier les mouvements qui ont des approches horizontales, comme les syndicats, les mouvements paysans, féminins, écologiques, et lutter contre le développement des forces centrifuges et notamment de l’ethnisme. Maintenir la perspective panafricaniste de création d’une fédération de vastes sous-régions multiethniques est une condition de survie dès lors que les dimensions géopolitiques et géo-économiques sont prises en compte. Les intellectuels progressistes ont un rôle capital à jouer, qui consiste  dans la façon d’instruire la critique contre toute approximation du concept de vérité. Ils ambitionnent de participer à l’histoire pour expliquer les causes des inégalités sociales, sexuelles, et de générations, etc. L’intellectuel désireux de voir les faibles et les exploités renforcer leur pouvoir de négociations s’oppose à l’intellectuel conservateur ou réactionnaire, partisan de l’immobilisme dont il entend tirer des avantages pécuniaires ou en nature.

 

La mondialisation néolibérale doit être considérée comme un projet sociétaire dont le maintien des inégalités internes et la polarisation Nord Sud sont des composantes te non pas des effets pervers. Comme projet il peut échouer, parce qu'il comporte des fragilités internes, dues à la dérégulation et à la libéralisation financière qui peuvent provoquer un véritable écroulement si les Etats Unis en sont le point de départ ; et parce que la mobilisation antisystémique qui n'a pas encore une alternative bien élaborée, gagne en maturité aux plans des analyses théoriques et de la maîtrise des techniques d'organisation et de communication, et compte des succès qui peuvent être amplifiés.

 

Les revendications et les propositions immédiates des mouvements sociaux et des intellectuels organiques pourraient s’organiser autour de huit axes :

 

L’économie doit satisfaire d’abord les besoins des majorités populaires en Afrique et dans le monde.

 

Les inégalités internes et externes doivent être minimales. A l’échelle mondiale, cela veut dire mettre fin progressivement au développement inégal[49].

 

L’égalité des sexes doit être affirmée sans que l’émancipation de la femme dans le cadre du capitalisme néolibéral soit considérée comme le modèle au nom duquel l’impérialisme pourrait semer la mort ou la terreur dans le tiers monde.

 

La démocratisation des sociétés et le respect des droits de la personne humaine doivent permettre de créer les conditions de débats ayant pour objectif de faire reculer l’aliénation marchande et le fanatisme  communautaire (religieux et ethnique).

 

L’opposition à une mondialisation  dans laquelle l’Afrique n’aurait pas sa place dans les décisions qui engagent l’avenir de l’humanité dans les domaines écologiques, biotechnologiques etc., doit avoir pour pendant  un panafricanisme conceptuel, militant et politique

 

L'analyse sans complaisance des rapports internes s'impose. Il y a sur le continent des forces sociales et des Etats qui se battent pour le néolibéralisme. Les mouvements sociaux partisans des utopies post libérales et post capitalistes ne doivent jamais l’oublier.

 

Il faut évoluer de la mobilisation pour l’annulation de la dette et des manifestations contre les réunions du G7 et des institutions multinationales qu’il contrôle, vers deux autres objectifs : Lutter contre l’existence des STN en tant qu’organisations qui contribuent à affaiblir, informaliser et parfois priver d’Etat des sociétés. Amorcer des actions contre les politiques de l’Union européenne et du Japon.

 

Ne jamais renoncer au panafricanisme dans la pensée et l'action ; et dans ce cadre procéder à une analyse critique des initiatives de l'Union africaine et du Nouveau Partenariat pour l'Afrique.

 

Puisque c’est à nous de la concevoir et de lutter pour sa construction, nous n’arriverons jamais à la cité radieuse sans plan d’urbanisme, mais nous devons nous munir de principes dont celui du bannissement de l’apartheid urbain de facto. Le plus important est de savoir que la différence d’opinions est ontologique et avancer ne serait-ce qu'en contre point des éléments d'une alternative ; c’est une autre façon de dire qu’il faut lutter contre les injustices, les oppressions, les dominations, le scientisme soumis à la logique du profit et de la compétition capitaliste.

 

 

 

 

 



[1]  Il est à remarquer que pendant que Machiavel délivrait le Prince du souci métaphysique, le grand penseur africain et son contemporain, Ibn Khaldoun, invitait les arabes à éviter la laïcité " En effet, les questions naturelles n'ont aucune importance pour nous, sous le point de vue de la religion ou de celui de la vie quotidienne. C'est donc un devoir de ne pas s'en occuper". -La muqaddima. Extraits par G. Labica. Traduction française revue par Jamel Eddine Ben Cheikh, Alger, Hachette, 1965, p.166

 

L'importance historique de la place de la confiance à la raison dans l'avènement de la modernité et la domination de l'Europe sur le monde a été mise en évidence d'une manière particulière par  Cheikh Anta Diop." Nous demeurons convaincus que le bienfait incontestable de la colonisation est le rationalisme laïque qui nous permet d'envisager le choses en dehors des catégories religieuses, quelles qu'elles soient, et de nous libérer ainsi intellectuellement." .- Cheikh Anta Diop.- Alerte sous les tropiques. Culture et développement en Afrique noire  in : Présence africaine, articles 1946-60

 

[2] Dike Onwuka.- Trade and politics in the Niger Delta. 1830 – 1885.- Oxford, 1956

[3] Walter Rodney .- How Europe underdevelopped Africa. Dar es Salaam, Tanzania Publishing House , 1972

[4] Amin Samir.- L'accumulation à l'échelle mondiale. Paris Anthropos, 1970

[5] Senghor L.- Liberté 3 : Négritude et civilisation de l'universel.- Paris, Seuil, 1977

[6] Cabral A.- L'arme de la théorie (édité par Mario de Andrade).- Paris, Maspéro, 1975

[7] Ninsin Kwame.- Social and political movements for alternatives in Africa : achievements , difficulties, prospects and conditions for meaningful/irreversible success. Séminaire du FTM : Régionalisation, mouvements sociaux et strategies pour une alternative à la crise africaine  Dakar, 9-12/4/01

 

[8] Mazoyer Marcel, Roudard Laurence.- Histoire des agricultures du monde.- Paris, le Seuil, 1997

[9] Amin Samir.-  Neoliberal globalisation and USA hegemony. Séminaire du FTM, 9-12/4/01

[10] Amin S., Diouf M., Founou B.- Le dialogue nord sud, ronéo FTM, 2000

[11] Boote A R et al (1997 : 126) in  Ndiaye, PMA p.19

Debt relief for law-income countries and HIPC debt initiative in : Ibbal Z et Kanbur R (ed). External fiannce for law-income countries, FMI , Washington, 2000

Stiglitz J.- World economic crisis. An insider view, in : South African journal of social economic policy,     Summer 2001

[13] Ndiaye A.- Au delà des programmes d'ajustement structurels et de l'initiative des pays pauvres très endettés. Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01

[14] A. Ndiaye Les PMA, Sur la crise de la dette les informations et les analyses d'A. Ndiaye nous ont été fort précieuses.

[15] Ngonzola G.- Les dimensions politiques de la situation de l’Afrique dans le système mondial. Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01

[16]  “Dans l'archipel planétaire de la criminalité financière” in Le Monde diplomatique, avril 2000, pp. 4-8.

[17] Lire à ce sujet le rapport bien documenté de l’International Crisis Group, Scramble for the Congo: Anatomy of an Ugly War, ICG Africa Report No. 26, Nairobi/Bruxelles, 20 décembre 2000.

[18] Conflict Diamonds, un rapport de Global Witness, Londres, juin 2000.

 

[19] Yenshu E.- Social movements and the search for alternatives strategies of democratic participation and development in Cameroon. A research proposal. Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01. Au Cameroun la catastrophe du lac Nyos, les éruptions du Mont Cameroun et le déboisement abusive en cours auraient dû inciter l'Etat à metre en place les structures pour la recherche et les débats concernant le développement durable.

[20] Pour définir la démocratie libérale, A. Mafeje a proposé un concept par comparaison que nous reprenons. « Pour la définition moderne de la démocratie, la Révolution française de 1789 constitue un moment historique irrécusable. Car c’est depuis lors que les trois concepts de la démocratie libérale, sociale et socialiste sont apparus dans le discours théorique et politique européen.. Sur le plan de la théorie, tous les concepts sont nés de la critique des formes préexistantes de gouvernement et de distribution des richesses. Mais après 1917 tous les trois ont coexisté politiquement suivant les points de références en Europe (et en Amérique du Nord) ; en Europe occidentale de façon générale, en Scandinavie de manière particulière et en Europe de l’Est . Mafeje A.- Théorie de la démocratie et discours africain : Cassons la croûte mes compagnons de voyage  in  Processus de démocratisation en Afrique (sous la dir. d'Eshetu Chole).- Dakar, Codesria, 1995

[21] Nyongo Anyang Peter (dir).-La longue marche de la démocratie, Paris, L'Harmattan 1988

[22] Amin Samir .-L'Empire du chaos.- Paris, L'Harmattan, 1991

La mondialisation économique et l'universalisme démocratique. Alternatives Sud, vol VI, 1993, 3, p. 171 -221

[23] Dieng Amady .- Situation politique, économique et sociale du Sénégal  in  Dieng (dir) Le Sénégal à la veille du troisième millénaire.- Paris, Harmattan, 2000 , p.377 -489

[24]  B Founou Tchuigoua .- L’hostilité de l’Occident (et du Japon) à la formation du potentiel économique de démocratisation au Sud : quoi de nouveau ? Alternatives Sud,  vol I n°1 (1994).

[25] Nze-Nguema Fidèle Pierre.- Mouvements sociaux et politiques en Afrique centrale. Problématiques et stratégies alternatives à la globalisation néo-libérale.- Séminaire du FTM, 9-12/4/01

[26] Dans son fonctionnement la BCE a permis la liberté de poursuivre cet objectif en totale indépendance d’autres institutions européennes et des gouvernements nationaux… Dans l’Union économique et monétaire, les problèmes de macro-économie qui affectaient la vie des citoyens et le destin des gouvernements dans l’économie mixte entre 1930 et 1980, sont aujourd’hui déterminés par les technocrates politiquement indépendants »  State, Market and regulatory competition in European Union : lessons of integrating world economy 1998. in MURAVSK Andrew (ed) Centralisation or fragmentation. A council on foreign relation books, USA, p.95 (traduction libre)

[27] Uroh Chris Okechukwe . The irresponsible state and the restive society. Neoliberalism and social movements in Nigeria p.1.- Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01

[28] Les développements sur la société civile sont empruntés de l’article de Samir Amin, La société civile dans les pays ACP face à la mondialisation. Forum du Tiers Monde, ronéo, juillet 2001.

[29] Ebousi Boulaga Fabien .- La démocratie de transit au Cameroun.- Paris, L'Harmattan, 1997

[30] Mbembé Achille.- Du gouvernement privé indirect. Dakar, Codesria, 1999

[31] Mkandawiré Mjedo L.E. - Peasant movements against poverty in Malawi : Achievements, constraints and prospects. Séminaire du FTM, Dakar, 9-12 April 2001. Le texte qui est l’un des meilleurs sur le problème de la question paysanne au Malawi, trouve sa place dans une prospective plus générale.

[32] Founou-Tchuigoua B.- Secteur informel ou secteur du travail précaire. Lettre d'information du FTM, 1998, n°6, p.32 " Dans le quart monde, en l'absence d'industrialisation et de modernisation, le travailleur bien avant le néolibéralisme, n'avait le choix qu'entre l'émigration, la production de la subsistance en milieu rural, des activités de faible productivité et des rémunérations dérisoires en milieu urbain".

[33] Ouedraogo Ousseyni .- Bilan et perspective des mouvements paysans ouest africains depuis les programmes d’ajustement structurel . Séminaire du FTM, Dakar, 9-12 avril 2001, p.9

[34] Fatou Sarr   Les stratégies d’auto insertion des femmes dans la mondialisation économique ; succès, difficultés, limites et perspectives. Séminaire du FTM, 9-12/4/01   p.4

[35] Gueye  M.A. Leçons de l’expérience du mouvement féminin au Sénégal. Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01 -   p.10

[36] Coulibaly Mariame. - Le point du débat sur l’introduction des droits de la femme dans la Charte africaine des doits de l’homme et peuples.- Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01

[37] Nze-Nguema   o.c. p. 38

[38] Dieng Amadi.- Fiche sur le mouvement étudiant africain et le panafricanisme Séminaire du FTM, Dakar 9-12/4/01.

[39] Fadahunsi  Akin. and Tunde Baba Wale (ed).- Nigeria beyond structural adjustment Ibadan,

[40] November Andreas.- L'évolution du mouvement syndical en Afrique occidentale. Thèse présentée à l'université de Genève pour l'obtention du grade de Dr es Sciences politiques, 1965 "La contribution du Congrès des syndicats (Trade Union Congress TUC) britannique au développement du syndicalisme dans les colonies paraît de prime abord limité. L'examen de l'apport de TUC démontre cependant que l'influence  du trade-unionisme anglais est plus grande qu'elle n'apparaît" p. 21.

Ouedraogo Jean Bernard.- Formation de la classe ouvrière en Afrique noire. L'exemple du Burkina Faso.- Paris, Khartala, 1989 p. 185 "La part du salariat des entreprises publiques et privées ne représente que 0,7% de la population totale et 8 - 9% de la population active" p. 186

[41] Agier M., Copans J. et Moria. A.- Classes ouvrières d'Afrique noire.- Paris, Khartala, 1987"C'est là une contradiction majeure du capital dans ce continent : qu'il paie bien ou qu'il paie mal, il détourne le salariat du prolétariat et renforce en même temps les structures traditionnelles au sein desquelles opère le secteur non salarial"

[42] 80 % au Bénin en 1992, 79% au Ghana en 1997 , 77% au Sénégal en 1992, 72% en Gambie en 1993, et 56% en Tanzanie (67% à Dar es Salaam) en 1995. Ce pourcentage ne tient pas compte du travail domestique effectué à 100% par les femmes. Selon   Dan Gallin, Droits sociaux et secteur informel 1999. Site internet Global Labour Institute

[43] Lumumba Patrice.- Le Congo, terre d'avenir est-il menacé. Bruxelles, Office de publicité 1961 p. 30

[44] Diop Babacar Buuba .- Les syndicats, l'Etat et les partis politiques au Sénégal.  in Momar Diop Trajectoires d'un Etat. Paris, L'Harmatttan, 1992  "Après 1947le phénomène de l'alignement des syndicats sur les partis politiques s'accentua.. Le rapprochement entre politiciens du Bloc démocratique sénégalais et les syndicalistes de la CGT fut accentué"p.481

Coumba Diop Momar.- Le syndicalisme étudiant, pluralisme et revendications in Trajectoires d'un Etat? Dakar, Codesria, 1992. " Les étudiants ont joué un  rôle important dans la construction du projet contre- hégémonique de la gauche. Contestant en permanence le leadership de la classe dirigeante ils n'ont pas été capturés par l'Etat." p.476

[45] Lô, Magatte .- Syndicalisme et participation responsable.- Paris, L'Harmattan, 1987" Si donc le  Sénégal a retenu le principe du pluralisme syndical, l'état de sous développement dans lequel nous vivons fait au parti dominant et au gouvernement un devoir à ce que ce pluralisme syndical ne dégénère pas en anarchie syndicale"

[46] PNUD Rapport Mondial sur le développement humain 2 000.  Introduction

[47]  François Bourguignon,  Problèmes économiques,  n° 2 684  18/10/00

[48] Diop Babacar.- Les ONG sont-elles une alternative pour le développement. Séminaire du FTM, Dakar, 9-12/4/01

[49] Alioune Sall.- Lutte contre la pauvreté dans l’ajustement structurel ou développement non générateur de pauvreté et d’inégalités grandissantes ? Séminaire du FTM, Dakar 9-12/4/01

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