Comment construire une société post-capitaliste

TPL_IN
TPL_ON
Hits: 1722

FMA : Conférence des 200, Caracas, 13-19 octobre 2008 :

« Comment construire une société post-capitaliste (un Socialisme du XXIe siècle), en fonction des expériences passées et en cours et sur base d’une cohérence théorique donnant sens aux alternatives proposées, aux stratégies d’action et aux acteurs collectifs »

22.05.2008. Note de Florian ROCHAT sur :

QUELS CHAMPS D’ACTION LES INSTRUMENTS CREES SOUS LE CHAPEAU DE L’ONU OFFRENT-ILS DANS UNE TELLE PERSPECTIVE, A COURT ET A MOYEN TERMES ?

Introduction

Cette contribution ne s’attardera pas sur la question de la « réforme » (nécessaire) de l’ONU, celle notamment de ses structures de pouvoir et de décision. Statutairement, la Charte (art. 108 et 109) subordonne pratiquement toute possibilité de réforme digne de ce nom à des changements politiques majeurs à l’échelle mondiale, intervenant non seulement dans au moins deux tiers des pays membres mais, surtout, dans chacun des membres permanents du Conseil de sécurité. Certes, la fameuse déclinaison du Préambule « Nous, Peuples (…) avons décidé d’unir nos efforts (…) en conséquence, nos gouvernements » est révolutionnaire et mérite d’être sans cesse citée et propagée comme telle, mais, jusqu’à nouvel ordre, dans l’enceinte de l’Organisation, ce sont les gouvernements qui causent et décident…

 

Cette note écarte également, pour les mêmes raisons, le débat sur d’éventuelles alternatives organisationnelles à l’ONU (institution parallèle ou substitutive de la « société civile », « parlement mondial », etc.) qui ont rempli les pages de nombreux essais - quand il ne s’agissait pas de généreuses élucubrations ! Dans les deux cas, il s’agit de perspectives à long terme dont les rapports des forces actuels ne permettent pas de dessiner le contenu concret, au risque sinon d’aligner des noix sur un bâton.

Ce papier ne vise pas non plus à dresser un bilan de l’Organisation, de ses mérites et avantages, failles et faillites. On se contentera :

A1) outre de souligner l’importance de « défendre l’ONU », et à travers elle le droit international, face aux forces qui souhaiteraient la reléguer à un rôle encore davantage subalterne, de pointer rapidement les principaux points d’appui qui y ont été capitalisés au cours de ses près de trois quarts de siècle d’existence et qui peuvent s’avérer particulièrement utiles pour la lutte et A2) de signaler quelques controverses requérant une particulière attention.

B) de cerner de façon générale, parmi les multiples instruments créés en son sein, l’un ou l’autre pouvant tout spécialement offrir quelques prises pour l’action et de suggérer quelques pistes à ce propos.

C) d’inventorier, en regard de chacun des dix thèmes retenus pour la conférence, les instruments qui peuvent s’avérer particulièrement pertinents et d’indiquer certaines actions, en cours ou possibles, ainsi que les modalités stratégiques qui pourraient être les plus efficaces à cet égard.

Remarques :

- Les mots « points d’appui », « utiles », « prises pour l’action », etc. indiquent bien que l’évolution au sein de l’ONU dépendra essentiellement des changements dans le rapport des forces hors de son enceinte.

- Les lignes qui suivent, parfois rédigées à l’emporte-pièce, souvent allusives et assurément très lacunaires, ont pour unique but d’avancer ça et là quelques suggestions qui pourraient s’avérer utiles dans le travail d’élaboration à fournir lors de la conférence.

A1) Principaux points d’appui

Ces points relèvent essentiellement de l’ordre des principes et ceux-ci ont été largement bafoués tout au cours de l’histoire de l’ONU. Bien qu’abondamment codifié, le droit international reste largement tributaire de la loi du plus fort quant à son application. Cette énumération ne se veut pas un inventaire exhaustif et minutieusement articulé ; elle n’est qu’une remise en mémoire tournée vers l’action, défensive comme offensive. Très grossièrement, ces principes sont principalement :

- le droit à l’autodétermination des peuples, leur maîtrise sur leurs affaires ; la reconnaissance de l’égalité des nations, grandes et petites, de leur souveraineté, y compris sur leurs richesses et ressources naturelles, et le respect mutuel qu’elles se doivent ;

- l’institution d’un droit international universel, auquel sont soumis y compris les traités inter-étatiques ;

- la mise hors la loi de la guerre et du recours à la force, comme moyen de conquête ou de soumission. L’appel à un désarmement généralisé, l’interdiction de l’arme nucléaire (et pas seulement de la non-prolifération) et des armes de destruction massive (résolution du 20 novembre 1961), la définition, précise et étendue, donnée au terme d’agression (résolution du 14 décembre 1974) sont tout particulièrement d’actualité…

- le postulat de droits humains (et des peuples) à vocation universelle et leur primauté, quoique niée par certains, sur d’autres sphères du droit international comme le droit des affaires. A remarquer qu’on peut porter sur les droits humains un double regard, mais, à mon avis, on aurait tort de les opposer. Certes, ils ont été largement instrumentalisés par l’impérialisme « comme idéologie de substitution qui nous détourne de jeter un regard sur notre propre univers capitaliste »[1]. Mais, de fait, on peut tout aussi bien partir de ce corpus global, en tant que référence largement admise, pour dresser un constat critique irréfutable du capitalisme réellement existant. De plus, un socialisme du XXIe siècle saurait-il être moins-disant ? La critique de leur usage propagandiste ou compassionnel, ne dispense pas a priori de leur réalisation effective. En revanche, elle appelle l’examen critique des postulats philosophiques qui les sous-tendent (notamment sur les relations dialectiques entre libertés individuelles et collectives) et des stratégies pour parvenir à leur effectivité.

Toutes ces caractéristiques ont évidemment trait au contexte historique de la naissance de l’ONU, après deux guerres mondiales ayant touché directement les centres, et à l’entrée en masse sur la scène internationale de pays fraîchement décolonisés.

A2) Quelques controverses requérant une particulière attention

a) Conseil de sécurité : « Droit d’ingérence », « devoir de protéger », what else ?

Avec le passage de la tornade Nargis en Birmanie, le fameux « droit d’ingérence », dont Bernard Kouchner s’est fait le propagandiste le plus efficace en le plaçant sur le terrain de l’humanitaire, roule indéniablement sur du velours devant une partie de l’opinion publique, notamment occidentale. Certes, les guignoleries provocatrices du gouvernement français n’ont pas d’autre avenir immédiat que celui de tout show médiatique à destination interne[2]. Mais elles mettent (mal) le doigt sur une vraie question : y-a-t-il nécessairement équation, en toutes circonstances historiques, entre le principe d’une souveraineté nationale, érigée en absolu, et son prononcé gouvernemental ?[3] Et, question subsidiaire, si tel n’est pas le cas : qui est en droit d’en juger ? Le peuple, bien sûr. Mais quelles en sont les voix autorisées ? Sont-elles légitimes, sont-elles audibles, sont-elles plurales ?

Aussi, toute cette agitation compassionnelle autour de la Birmanie, reprise par le Parlement européen, fait sans doute (faussement) résonance avec une aspiration citoyenne (réelle) à la solidarité internationale, non seulement en France ou en Occident (les « larmes de l’homme blanc »), mais en toutes régions, y compris, peut-être surtout, dans celles par ailleurs ravagées par l’impérialisme et le (néo)colonialisme. La solidarité internationale de peuple à peuple reste bien évidemment l’axe. Mais, dans le concert quotidien de « l’actualité », sa matérialisation immédiate requiert souvent une médiatisation étatique (ou de grosses ONG), faisant du même coup courir le risque d'instrumentalisation, de dévoiement du sentiment populaire par les gouvernements. Le dilemme posé aux peuples, « faire ou ne rien pouvoir faire », « de deux maux le moindre », etc., ne s’est pas confiné, dans l’histoire, aux pays capitalistes - les manipulations et la désinformation non plus. Et, mal abordé, il laisse passablement de champ libre au « chacun pour soi » et/ou aux grilles de lectures identitaires, sélectives et réactionnaires.

Dans son formulé comme dans son fond, l’initiative française est impérialiste ; l’Assemblée générale de l’ONU a contenu l’offensive en 2005 en réduisant le concept à un «« Devoir de protéger des populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité ». Quelles que soient les évolutions immédiates en Birmanie suite à l’ouragan, les médias auront jeté une nouvelle fois le discrédit sur « l’ONU », son « impuissance face à l’urgence » due à des règles « obsolètes » dans le contexte d’un « village global » ; d’autant plus quand ce « devoir de protéger » n’est pas appliqué par ailleurs, comme au Liban ou en Palestine.

Le débat sur le caractère « non absolu » de la souveraineté nationale auquel peut prétendre un gouvernement - puisque, en dernière analyse, c’est la souveraineté populaire qu’il s’agit de défendre - est particulièrement complexe lorsque, face à lui, il n’y a pas d’expression substitutive de l’intérêt et de la volonté populaires qui puisse s’imposer (style ANC et son appel au boycott des produits sud-africains sous l’apartheid). Et encore : Peuple « debout », peuple « victime », les tsunami médiatiques jettent là-dessus de redoutables confusions... Dire que forcer le passage des « humanitaires » (occidentaux) et l’accostage du porte-hélicoptères français « chargé de médicaments et de vivres » ouvrirait toute grande la voie à d’autres Afghanistan 2001, Irak-2003, etc. suffit-il à convaincre ? Comment mener la contre-offensive idéologique sans paraître « défendre l’indéfendable », sachant par ailleurs que les seules armées et grandes ONG capables de se projeter dans le monde entier sont toutes issues de la triade ? Au niveau onusien, la régionalisation de l’aide, comme c’est déjà le cas partiellement en matière de « maintien de la paix »[4], dessine-t-elle une piste ? Etc.

Thème d’un grand débat organisé par le FMA lors du prochain FSM ?

b) Conseil des droits de l’homme : liberté d’expression (laïcité, critique des religions) versus diffamation des religions (discrimination, racisme)

La dernière session du Conseil des droits de l’homme a été le théâtre de vives confrontations à ce propos, que d’aucuns se sont empressés de placer sous le label du « choc des civilisations ». A l’initiative principalement de l’Organisation de la conférence islamique et du Groupe africain, divers textes, d’expression relativement modérée, ont été présentés pour mettre en garde les gouvernements occidentaux sur les conséquences de diffamation en bloc de religion sous prétexte de liberté d’expression ; les premiers, « suite » aux caricatures de Mohammet, voulant mettre les seconds face à leurs responsabilités dans un monde médiatique devenu global et au danger sous-jacent de renforcer les discriminations et le racisme anti-musulman ; les seconds arguant que les religions en tant que telles ne pouvaient se placer sous la protection des droits de l’homme et avançant qu’ils ne pouvaient restreindre la liberté d’expression sous prétexte de diffamation de religions. Certaines grosses ONG en ont profité pour en rajouter une couche sur l’échec, qui serait d’ores et déjà programmé, de la réforme de la Commission en Conseil. Qu’en une telle enceinte, des confrontations de ce type soient dépeintes en conflits irrémédiables, alors que c’est son rôle d’en traiter et d’aplanir les difficultés rencontrées sur le chemin de « l’universalité des droits de l’homme », semble indiquer que diverses forces sont prêtes à liquider l’institution s’il se confirme qu’elle ne sert plus leurs intérêts.

B) Quelques prises pour l’action

Il n’est pas dans l’intention de ce chapitre de passer en revue les divers instruments existants (décrits pour partie, en ce qui concerne les droits humains, dans diverses brochures du CETIM disponibles sur son site www.cetim.ch), mais d’attirer une attention particulière sur quelques uns d’entre eux ou d’en suggérer d’autres pour lesquels il pourrait être fait campagne.

a) Experts et rapporteurs spéciaux

Les places sont âprement disputées, mais le levier offert par la fonction et son rayonnement médiatique sont considérables pour qui sait en faire bon usage (cela requiert non seulement des capacités analytiques, tactiques, voire linguistiques, mais celles de débattaire médiatique). Il pourrait être très utile de tenir à jour une liste de candidat-e-s, en fonction des mandats existants, surveiller de près les vacances et renouvellements et, surtout, pouvoir bénéficier de relais étatiques pour rallier une majorité d’Etats derrière une candidature.

b) Convocation de groupe de travail d’experts scientifiques, notamment sur des thèmes écologiques.

Disons-le d’emblée, l’exemple type de ce genre de groupe, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), est très controversé. Selon le réseau Gaia Mater, les rapports qu’il a produit sont le résultat de vastes manipulations : « sous prétexte de défense de la planète, l’alarmisme climatique stresse les opinions publiques mondiales, culpabilise et oppose les communautés, pour maintenir en fait la prédominance occidentale (principalement euro-américaine) au détriment du rattrapage économique et industriel des autres nations. »[5] Les échos que l’on a pu avoir sur le déroulement des nombreux travaux du groupe, de la sélection de ses membres à la rédaction finale des documents, laissent entrevoir qu’une telle entreprise n’est nullement dénuée d’arrière-fonds politiques, notamment Nord-Sud, et qu’en laissant le champ libre à des préconisations pour le moins contradictoires, son principal résultat risque fort de servir au renforcement des monopoles technologiques occidentaux. Il n’empêche que de telles démarches permettent certaines clarifications non négligeables dans le débat public ou tout, au moins, provoquent un impact considérable sur les opinions. Une même initiative pourrait-elle être appelée sur les OGM en agriculture, réunissant biologistes, agronomes, etc. ? (il paraîtrait alors judicieux de confiner le débat aux seuls aspects dissémination, biodiversité, dangers pour la santé, efficacité agronomique, en écartant les aspects plus directement sociaux et économiques, pour déboucher sur des conclusions « indiscutables » et dont on puisse tirer arguments dans la confrontation politique). (Voir aussi C1)

On pourrait penser également à d’autres « percées » scientifiques et technologiques. Ce type de processus, sous égide centrale onusienne, peut en effet permettre de faire sortir le débat public et citoyen du brouillard dans lequel les STN parviennent à maintenir leurs enjeux, à coup de corruptions scientifiques, médiatiques et politiques ( contrôle éditorial et publicitaire des revues, emprise budgétaire croissante sur la recherche universitaire et/ou sur les symposiums d’agences onusiennes, listes noires et carrières brisées de scientifiques, etc.)

c) encadrement juridique des activités des STN et sanction des violations des droits humains qu’elles commettent

A signaler également à ce chapitre que le CETIM, conjointement avec l’Association américaine de juristes, a travaillé pendant de très nombreuses années pour faire aboutir un projet de normes contraignantes permettant d’encadrer juridiquement l’activité des sociétés transnationales (STN). Réaffirmant que les STN, comme toute entité privée physique et morale, étaient tenues au respect des droits humains et que les Etats étaient au premier chef responsables de protéger les populations sous leur juridiction contre les violations de droits humains que celles-ci pouvaient commettre, ces normes visaient essentiellement à les rendre également responsables, transfrontalièrement, des actes commis par leurs succursales, sociétés affiliées, preneurs de licences, sous-traitants, etc. Ces normes pourraient donc s’avérer d’un grand intérêt, notamment en regard des thématiques 1 et 2 de la conférence de Caracas, si elles aboutissaient. Suite à une vigoureuse campagne de la Chambre de commerce internationale et autres, ce projet a été malheureusement enfoui sous des manœuvres de traverse par une majorité d’Etats, au niveau de l’ancienne Commission des droits de l’homme. Nous ne savons comment le faire ressortir de ces décombres. Seuls l’action concertée d’un certain nombre d’Etats pourraient sans doute y parvenir, mais peu semblent près à ce type de confrontation…

d) Recours à la Cour internationale de justice

Ses verdicts et jugements ne sont certes pas de l’or en barre. De plus, comme dans le cas du minage des ports du Nicaragua par l’administration Reagan, ils ne sont pas nécessairement suivis ; ou, comme dans le cas du mur de la honte, ils peuvent être gaspillés ensuite par de vaines recherches de consensus à l’Assemblée générale. Il n’empêche…

e) Campagne en faveur de la création d’un Organe permanent de bons offices

L’idée peut paraître naïve mais, bien aiguillonnés, de « petits » pays (non membres permanents du CS) pourraient en revendiquer la création.

Simone et Roland Weyl, dans un manuscrit qu’ils ont récemment remis au Cetim, présentent ainsi leurs arguments en faveur d’une telle initiative, après avoir souligné à plusieurs reprises que toute institution n’est de toute façon que ce que les peuples en font et parviennent à imposer : « Paradoxalement, alors que la solution négociée des conflits est un des axes essentiels de la Charte, l’Organisation ne comporte qu’un « Conseil de sécurité » investi de pouvoirs de contrainte, et aucun organe de bons offices. Il en résulte que, lorsque l’Organisation s’estime en devoir d’impulser une solution négociée selon des procédures aussi obscures que variables. (…). Il manque manifestement un organe permanent de bons offices représentatif de l’universalité-pluralité-égalité de l’Assemblée générale. Or dès lors que celui-ci ne disposerait pas de pouvoirs contraignants, sa constitution n’exigerait pas de réforme de la Charte et pourrait être réalisée à une majorité simple de l’Assemblée générale et sans ‘droit de veto’. » Les auteurs ont même rédigé un projet de résolution à soumettre à l’AG !

f) Conférences et conventions sur le désarmement signées hors ONU

A signaler qu’au cours de ces dernières années, les principales avancées en matière de désarmement partiel ont suivi des voies externes à l’ONU. Ces processus hors Conférence sur certaines armes classiques (CCW) de l’ONU permettent d’échapper au veto des membres permanents du CS mais, du même coup, ont tendance à leur réserver l’usage exclusif des armements visés et ne confèrent pas à ces interdictions une portée universelle et juridiquement contraignante au-delà des Etats-parties à ces conventions : mine antipersonnel (Ottawa, 1997), bombes à sous-munition (Dublin, 2008)…


C) Instruments particulièrement pertinents par thème

1. Paysans, question agraire

Les grandes réunions de la FAO ont été l’occasion d’autant de forums parallèles critiques et certaines de ses prises de positions, comme sur les OGM, vertement dénoncées par l’aile marchante du mouvement paysan (par Via Campesina en particulier). Ses impulsions fortes pour des réformes agraires ont été de plus en plus abandonnées au profit d’approches techniques, d’appels urgents en cas de « crise alimentaire » et de programmes « Food for work ». Sous forte influence de l’agrobusiness ( ?), on ne peut sans doute guère attendre de sa part une posture claire et tranchée la question agraire. Mais il ne s’agit pas de relâcher la pression, car son discours fait encore largement autorité.

Le précédent rapporteur sur le Droit à l’alimentation (Jean Ziegler et ses assistants) a tiré le meilleur profit possible de son double mandat de trois ans, notamment en avançant notamment la priorité qui devrait être accordée à une politique de souveraineté alimentaire, en appelant à un moratoire sur les agro-carburants (exception faite du méthanol brésilien tiré de la canne à sucre), etc. Ses divers rapports apportent une caution forte aux orientations préconisées par Via Campesina. Que fera son successeur ?

Un mandat analogue sur le droit à l’eau, mais peu précis, vient d’être également créé au sein du Conseil des droits de l’homme.

La Convention relative aux peuples indigènes et tribaux (C169, 1989), entrée en vigueur en 1991, peut être aussi citée ici, de nombreux peuples indigènes étant également principalement des paysans.

« La Convention 169 relative aux droits des peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants, adoptée en 1989 par l’OIT, reconnaît un ensemble de droits fondamentaux essentiels à la survie des peuples indigènes (droits de disposer d’eux-mêmes, de leurs terres et de leurs ressources).

Seul instrument international juridiquement contraignant et donc de portée supérieure à la Déclaration des droits des peuples indigènes adoptée le 13 septem­bre dernier [2007] par l’Assemblée générale des Nations-Unies, elle constitue la référence internationale en matière de défense des droits des peuples indigènes. En ratifiant cette Convention, les Etats s’engagent à garantir l’intégrité physique et spiri­tuelle des peuples indigènes vivant sur leurs territoires et à lutter contre toute discri­mination à leur égard. » (Rhinoceros : http://www.rinoceros.org/spip.php?article5378)

Le mouvement Via Campesina a lancé de son côté une initiative de longue haleine qui devrait permettre de fédérer les forces sur un projet offensif : (un projet de) convention internationale sur les droits des paysans. Le texte, tel qu’il est rédigé actuellement, sera sans doute soumis au débat du mouvement lors de sa prochaine réunion en juin 2008 en Indonésie. On pourrait imaginer les étapes suivantes, peut-être déjà en cours : discussion approfondie du projet de textes avec des mouvements sociaux urbains et ouvriers, voire de consommateurs, représentatifs pour débattre de points dont le libellé pourrait éventuellement soulever des « contradictions au sein du peuple » (eau, alimentation, les paysans auraient-ils aussi des devoirs ?) afin de créer unité et soutien ville/campagne, paysans/ouvriers ; poursuite des campagnes sur la souveraineté alimentaire et popularisation du projet dans l’opinion ; recherche d’un pool d’Etat-membre (de gouvernements), de préférence couvrant les trois continents du Sud et si possible l’un ou l’autre européen, prêts à prendre en charge les lobbies nécessaires pour introduire le texte dans l’ONU et y rallier une majorité ; peut-être convocation d’une conférence internationale inter-étatique préalable hors agenda de l’ONU (style mines antipersonnel, Ottawa ? ? ?) ; sans doute des discussions techniques préalables pour affiner le projet, sous contrôle paysan, avec des diplomates partisans du projet et délégués par le pool de pays mentionné… Un rôle pour le FMA dans ce processus, d’entente avec Via Campesina ?

2. Union des travailleurs, syndicats

La question de l’OIT est laissée à d’autres.

A remarquer cependant que la tentative de certaines grandes centrales syndicales d’utiliser la création de l’OMC pour imposer une « clause sociale » était pour le moins ambivalente puisque cela revenait à s’appuyer sur les gouvernements occidentaux, notamment l’administration Clinton, et indirectement sur les STN. En définitive, la clause n’a servi que d’argument de chantage et de pression dans les négociations et a été abandonnée par les administrations états-uniennes sitôt obtenue à Singapour l’ouverture des marchés de la télécommunication.

A signaler par contre la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille (1989), entrée en vigueur en 2003, après sa ratification par le minimum fixé de vingt Etats. Très minimale, cette convention couvre cependant tous les travailleurs immigrés, y compris ceux sans autorisation de séjour. Minimales, mais apparemment beaucoup trop exigeante puisque sur les quelque 35 pays qui l’ont ratifiée à ce jour, aucun n’est du Nord. En Europe, des campagnes sont en cours pour appeler à sa ratification par les parlements concernés. Elles restent cependant très velléitaires, voire balbutiantes dans la plupart des pays, sauf semble-t-il en Italie. A suivre et à appuyer.

3. Contrôle sur les ressources naturelles

Le principe d’une souveraineté nationale sur les ressources naturelles est consacré par toute une hiérarchie de textes onusiens. Il n’y a pas lieu de le développer ici. A signaler cependant la Charte sur les droits et devoirs économiques des Etats adoptée en 1974 par une écrasante majorité d’Etats et qui entre le plus en détail sur cette question centrale, mais dont la validité est rejetée par toutes les grandes puissances occidentales, Etats-Unis en tête dont les plus éminents juristes se sont mobilisés pour nier toute pertinence au texte.

Adopté à l’occasion de dernière révision de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, un point devrait par contre retenir une attention particulière. Outre les normes halieutiques - qui intéressent au premier chef les pêcheurs artisanaux mais que leurs gouvernements, au Sud, s’avèrent la plupart incapables militairement -, la convention a fixé de nouvelles règles quant aux espaces réservés en matière d’exploitation pétrolière, gazière ou minérale. La zone sous souveraineté nationale s’étend jusqu’aux confins du plateau continental, à quelque distance qu’ils se trouvent des côtes. La France, les Etats-Unis, et d'autres puissances sans doute, se sont dépêchés d’allouer d’importants budgets et de monter des missions d’exploration pour en définir la cartographie dont l’ONU est chargée de dresser l’inventaire global pour enregistrer l’étendue des droits de chacun. Il y a sans doute urgence pour les pays de Sud, mais il est douteux que tous en aient les moyens….

4. Démocratisation, associée au progrès social

Cette association est dans le droit fil de tous les principes fondamentaux établis dans le cadre de l’ONU. Elle traverse, aussi bien quant au fond qu’à la lettre toute la hiérarchie de ses textes centraux, allant de la Charte de 1945, de la Déclaration universelle de 1948, des Pactes internationaux sur les droits humains de 1966 jusqu’à la Déclaration de Vienne de 1993, où le caractère indivisible et interdépendant de tous les droits humains, ceux de la première génération (civils et politiques), de la deuxième (économiques, sociaux et culturels) et de la troisième (droit au développement, Déclaration de 1986 ) a été réaffirmé, certes du bout des lèvres, mais par consensus unanime.

Par ailleurs, le droit de chaque peuple de choisir librement le système politique et social qui lui convient est, en principe, toujours en vigueur, malgré la pensée unique !

Que dire de plus ? Reste à faire !

5. Propriété des moyens de production

Pour les raisons déjà évoquées, pas d’appui formel onusien à rechercher sur ce chapitre, en tout cas à première vue. Voir cependant les remarques aux points C4 et C8 : la Déclaration sur le droit au développement, par exemple, postule une maîtrise des peuples sur leur développement qui, de façon sous-jacente, touche évidemment à la propriété des moyens de production et à leur emploi.

6. Financiarisation globale, sa crise actuelle

Pour l’heure, c’est essentiellement sous l’angle du poids insupportable de la dette du tiers monde que le chapitre de la financiarisation globale est abordé au sein de l’ONU. En gros, en étant un brin caricatural, il s’agit de « gérer » la dette pour la rendre « supportable », et donc durable` !

Au sein de la Commission/Conseil des droits de l’homme, elle est à l’ordre du jour depuis plusieurs années du fait des politiques régressives en la matière dont sa prétendue résorption a été le prétexte de la part du FMI et de la Banque mondiale. Cela a donné lieu à quelques (rares) bons rapports d’experts mandatés sur le sujet[6], les instances concernées se dérobant constamment à la critique.

Dans le cadre général des campagnes générales pour l’annulation de la dette, la mise en œuvre d’audits nationaux sur la dette a été encouragée. Le mouvement est en route dans plusieurs pays, venant s’ajouter à des initiatives antérieures[7]. Si, par ce processus, une pression assez forte parvient a être exercée sur un nombre significatif de gouvernements, il devrait être possible de les inciter à exiger la mise en place d’une commission d’internationale d’arbitrage ou autres, qui logiquement et par principe devrait être sous chapeau onusien, permettant de donner suite aux conclusions des divers audits et d’établir des règles de jurisprudence pour traiter des cas pendants de dettes et créances illégales ou illégitimes et en éviter le retour.

A signaler aussi qu’en son temps, bien avant la création d’Attac, le PNUD avait exhumer l’idée de Tobin d’instaurer une taxe sur les transactions financières internationales. Cette flambée fut de courte durée…

7. Dialectique nation/région/mondial, quelle régionalisation ?

Cet aspect n’est pas étranger au fonctionnement même de l’ONU…

8. Qu’est-ce que le marxisme et d’autres formulations progressistes aujourd’hui

Rien ou tout !

Rien en s’en tenant strictement à la question posée en titre et formellement à l’ONU. L’ONU ayant été le lieu de confrontations entre deux (et plus) visions du monde, « idéologies », méthodologies analytiques opposées, celles-ci se sont en quelque sorte longtemps neutralisées dans leurs expressions, formulations immédiates, en tout cas pour les textes ayant obtenus consensus (sous réserves des textes les plus récents, comme ceux issus du millénium). Certes, selon les époques et les rapports de forces, certains textes adoptés ont été plus perméables à l’un ou l’autre courant de pensée , mais ils ne faisaient alors par l’unanimité jusqu’à peu. En revanche, quant au fond, on peut assurément avancer que seules des orientations stratégiques de la veine de celles auxquelles la présente conférence consacre son travail sont à même d’orienter la réalisation des « idéaux de l’ONU » (voir aussi point C4)…

9. Education et culture pour la libération

A ma connaissance, pas grand chose à signaler, sauf à souligner les aspects très positifs de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (18 mars 2007).

10. Information et médias pour la libération

Pas grand chose à dire. Le sommet mondial en deux volets (Genève-Tunis) sur la Société de l’Information, censé aborder la « fracture médiatique » et dans lequel certaines ONG invitées à grand tapage avaient beaucoup investi, a surtout ouvert la porte toute grande à Microsoft et Cie…

 



[1] Jacques Richaud, « Compassion et impérialisme », sur le site de Michel Collon : http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-05-14%2011:17:57&log=invites A lire.

[2] Voir aussi « Cyclone en Birmanie : l’hostilité américaine entrave les secours », par Sara Flounders, sur le site www.michelcollon.infoi

[3] « Le mode de vie américain n'est pas négociable », disait George W. Bush à Kyoto…

[4] Ce qui soulève certes d’autres problèmes, parfois montés en épingle, mais qu’on ne va pas développer ici.

[5] « Campagne d’information civile internationale inter ONG 2005-2007 sur les dangers de la propagande climato-alarmiste », Gaia Mater, éco-humanisme : respect-justice-partage. Le réseau met en avant les rapports contradictoires d’autres experts, comme Khabiboullo Abdoussamatov, chef du Laboratoire d’études spatiales de l’Observatoire principal (de Poulkovo) de l’Académie des sciences russe, qui estime que c’est le Soleil qui est responsable du réchauffement climatique global, le gaz carbonique n’influant pratiquement pas sur ce processus. Voir : http://fr.altermedia.info/general/le-soleil-seul-responsable-du-rechauffement-climatique_10123.html

[6] Ceux du Prof. Fantu Cheru, principalement.

[7] Voir CETIM et al, Menons l’enquête sur la dette ! Manuel pour des audits de la dette du Tiers Monde, Genève, 2006.

Joomla templates by a4joomla